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52. ENRIQUE RAMIREZ

« Frente al rio las cosas del mar… » Maison du Port La Redorte  Aude

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L’installation occupe le 1° étage de la Maison du Port.
Quai de La Redorte. Aude

Au sol, une vaste estrade carrée de 30 cm de hauteur présentant des pièces de monnaie identiques  rassemblées sur un fond sombre, suggérant une carte géographique avec langues de terres avançant dans la mer.
Aux murs
-> 4 petits carrés de toile bleue, chacun pendu par deux pinces à dessin. Dans le bas du premier, un petit motif, brodé grossièrement avec un fil de  coton jaune, qui  évolue et se multiplie de carré en carré
-> une petite vidéo murale en fond de pièce
-> une feuille encadrée avec intervention de traces blanches sur fond gris

… 4 éléments  très disparates,  à première vue sans liens,  échappant volontairement à tout effet esthétisant … donc un ensemble plutôt déconcertant.

Là réside la force première de ce travail qui incite à une analyse plus poussée. Les éléments proposés, mais surtout les procédés choisis, font que  peu à peu les formes vont se charger de sens, se répondre, s’enrichir mutuellement , chemin semé d’indices, à suivre, à sentir, et surtout à éprouver.

 

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-> Le petit élément brodé est maladroit, basique, bateau de dessin d’enfant : troué, traversé,  empreinte violente. Puis, de carré en carré, le « bateau » se transforme et se multiplie,  pour finir à 12 modules organisés en cercle et évoquant le drapeau européen.

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-> Les pièces qui brillent nous renvoient bien sûr à la notion « d’argent » mais présentent alternativement l’une ou l’autre face.  De près nous retrouvons le drapeau de l’Europe mais accompagné du mot « sin tierra » et  sur l’autre face,  une voile de bateau tout à fait lisible , bouleversée par des flèches menant dans des directions contraires et deux mots cette fois « mar » et « profundo »… L’argent prend alors un sens plus précis…

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-La vidéo,  de taille modeste met à hauteur d’ yeux et comme en plongée totale, une séquence tout à fait hypnotique d’un « morceau »   de mer très agitée et de remous qui se brisent inlassablement sur une forme évolutive, allant du rocher affleurant à une masse blanche et allongée,  happée par les fonds.

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On  tombe alors  sur le dernier élément   où le seul mot «  mar » est écrit et répété dans une graphie hachée,  une organisation serrée, une sorte de foule entraînée  vers le bas et une absence de couleurs , donc de vie…

Bateau dangereux, voile mal tendue, Europe incertaine, multitude trop grande pour être comptée, individus « sin tierra » n’existant que par le prix de leur traversée, vents furieux, mer agitée, récifs, attraction vers le « profundo »      …   On quitte la salle assez « remués ».

(  Certes on pourra lire la feuille de visite offerte à l’entrée, apprendre qu’il y a 4820 pièces de monnaie -les 4820 migrants qui ont péri en Méditerranée en 2016 -, découvrir qu’Enrique Ramirez est chilien , fils de pêcheur , voguant enfant avec son père à une époque où l’on retirait du fond du Pacifique nombre d’opposants au régime de Pinochet … mais cette oeuvre plastique à l’efficacité évidente,  peut tout à fait se passer de ce plus informatif .

Comme une fois encore était abordé le problème des migrants,  j’ai souhaité présenter ici ce travail de la modeste maison du Port à La Redorte en contre-exemple de celui que j’avais évoqué dans le blog 51, accueilli, lui,  dans le prestigieux  écrin de l’Arsenal de Venise.

Le Frac Occitanie et le Musée des Abattoirs , dans le cadre des 80 ans de la Retirada, proposent une réflexion sur le statut de l’artiste en exil  : « Je suis né étranger », et un parcours le long du Canal du Midi : « Horizons d’eaux »

51. Biennale de Venise. 2019

Cette cuvée 2019 n’est pas enthousiasmante :

Les lieux d’exposition étant les mêmes et accueillant cette année beaucoup plus de paysbeaucoup plus d’artistes par pays, et beaucoup d’artistes choisissant les installations, bavardes, hyper explicatives, multi médias… (vitrines à collections + sculptures + fosse pour vidéos immersives + panneaux explicatifs multiples…),  Arsenal et Pavillon International des Giardini sont saturés.
Les oeuvres ne disposent plus d’espace suffisant pour vivre  et sont contaminées les unes par les autres. Plus rien n’est réellement lisible.

Par ailleurs, de plus en plus de vidéos… de plus en plus longues… donc obligeant à juger d’entrée si, oui ou non, elles méritent le temps que l’on va y passer … et donc « y perdre »… ou pas…

Tous ces phénomènes concourent à l’épuisement rapide du visiteur … et à sa frustration.

Les grands sujets d’actualité ( climatiques, migratoires, politiques)  sont à peu près les seuls et le plus souvent traités de façon purement journalistique, sans recul, sans écart.

La violence extrême est sûrement la couleur dominante de cette année. Violence des images, excès des situations, déchaînement des sons. Machineries infernales…

Georges Condo

 La teneur générale est d’ailleurs annoncée dès l’entrée : un très grand tableau expressionniste, matièriste et noir/blanc nous accueille à la porte de l’Arsenal , un autre de même facture à celle du Pavillon International : oeuvres de Georges Condo (USA). Ici « Les deux ivrognes ».

Plus grave, à mes yeux, ce que trop de médias présentent comme le clou de la Biennale : l’installation du bateau de migrants, naufragé en 2015 au large de la Lybie, et qui avait fait plus de 1000 victimes…  Nous le devons au suisse Christophe Büchel, qui s’est contenté de le faire transporter dans l’espace ouvert de l’Arsenal. Cette démarche, outre qu’elle n’a rien d’artistique, (même si l’on m’objecte  » l’urinoir  » de Duchamp), est pour moi répugnante et inacceptable.. et il est surprenant qu’aucun des organisateurs ne s’y soit opposé.
De plus, contrairement à la réflexion de Duchamp, cette démarche va à l’encontre de ce qu’elle vise car la valeur d’usage  (terrible usage dans ce cas précis) d’un objet préfabriqué tombe dès lors qu’il est exposé dans un lieu d’art.  Pour devenir objet d’art…

                                                              A L’OPPOSÉ  !!!

Pour ceux qui aiment beauté et délectation silencieuse, un lieu fort peu indiqué sur les programmes : le pavillon du Kazakhstan (Palazzo Dona Delle Rose. Fondamente nuove Cannaregio) . Il accueille des graveurs et sculpteurs contemporains soucieux de maintenir une continuité dans les sujets de type « tradition ethnique ». Belles aquatintes, eaux fortes, linogravures, lithographies et une extraordinaire et bouleversante  tête de cheval en bronze qui vaut à elle seule   le déplacement !! 

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50. La violence
49. Gabriel Rico. Pavillon International
48. Adrian Ghenie/ Luc Tuymans
47.  Reza Lavassani. Pavillon de l’Iran.
46. Serwan Baran. Pavillon de l’Irak.
45. Jannis Kounellis. Fondation Prada

50. La violence. Venise 2019.

Dans cette page sont présentées les créations qui m’ont paru les plus convaincantes sur le thème de la violence.

Oeuvre bi-dimensionnnelles

Christian Marclay ( Suisse. Né en Californie)

Marclay

Jill Mulleady (Uruguay)

Mulleady

 

Sculptures Installations

Shilpa Gupta (Mumbaï -Inde )
La sculpture est un vantail de portail en fer qui s’ouvre régulièrement et fracasse peu à peu le mur dans un énorme bruit. Cette oeuvre a déjà été présentée en France il y a plus de 10 ans à la Biennale de Lyon

Shilpa Gupta

 

Sun Yuan et Peng Yu (Chine. Pékin)
L’oeuvre du haut : un trône vide, censé être celui  de Roosevelt mais aussi celui d’un empereur romain à cause des drapés. Le fil noir partant de ce qui serait l’emplacement de la main   alterne des moments de repos et des moments de fureur où il fouette à grands bruits et avec une extrême violence la cage de verre du pourtour laissant peu à peu des marques qui brouillent la visibilité.

La 2° installation présentée dans le pavillon International, également dans une cage de verre,  se compose d’un bras mécanique noir actionnant une raclette qui nettoie le sol partiellement recouvert d’un liquide s’apparentant à du sang.

Sun Yuan et Peng YU

 

Vidéos

Ryoji Ikeda   (Japon) présente « Data-Verse » à la Corderie: vidéo étourdissante d’images scientifiques qui partent de toutes les connexions de l’intérieur du cerveau pour celles du cerveau au corps humain, du corps à l’environnement de la maison, de la maison à la ville, de la ville au pays, du pays au continent, du continent à la terre , de la terre au cosmos. Et du cosmos au big bang. C’est bien fait, efficace , envoûtant au début mais à la longue, des diagrammes s’interposent, inutiles et même gênants pour une oeuvre qui, vu le lieu, est plastique et non scientifique

Et… au Pavillon International une autre oeuvre;  très dérangeante : un couloir peint en blanc et doté d’un éclairage totalement aveuglant dans lequel le spectateur est obligé de passer pour continuer sa visite.

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Le Pavillon de la République d’Arménie au Palais Zenobbio. « Revolutionary Sensorium »

Au fond du jardin une petite construction carrée projette sur ses quatre murs des moments d’une manifestation des habitants  d’Erevan ..   Violente, tonitruante, mais l’intérêt est ailleurs :  l’astuce artistique fait que par un système complexe nous, visiteurs et spectateurs, nous  retrouvons acteurs sur les murs, pris dans les scènes et parmi les manifestants… et entraînés par le bruit et le mouvement, nous jouons à manifester avec eux.

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49. Gabriel Rico. Venise 2019.

Très près de la sortie du Pavillon International, enfin…  le miracle !!

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Une oeuvre qui semble réellement sous-tendue par une réflexion artistique solide.

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Trois petites organisations murales, démonstrations minimalistes et poétiques renvoyant aux aînés : le carré de Judd, le néon de Flavin,  l’arbre de Penone, l’objet préfabriqué de Duchamp… , d’autres encore… En tout cas, divers infimes éléments de l’environnement humain, tous « chargés »,  sont  posés comme un langage hiéroglyphique à décrypter, algorithme du cheminement réflexif de l’humain : ramasser, trier, organiser, classer… Petits morceaux de vie. Petits moments de pensée.

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Gabriel Rico est Mexicain. Il vit et travaille à Guadalajara.

48. A.Ghenie/ L.Tuymans . Biennale 2019.

Adrian Ghenie, au Palais Cini/ Luc Tuymans au Palais Grassi.

La peinture étant devenue chose rare, il faut signaler ces deux expositions de deux grands peintres européens, le premier roumain, le second belge.

Adrian Ghenie occupait à lui seul le Pavillon de la Roumanie aux Giardini lors de la Biennale de 2015. Peu connu alors du public, il avait beaucoup marqué par son expressionnisme, et la luxuriante palette de ses portraits d’Histoire Contemporaine. Il revient au Palais Cini, avec quelques toiles seulement,  mais mérite grandement le détour, ne serait-ce que pour trois portraits, intitulés ironiquement « Sans titre » mais où chacun reconnaîtra l’individu qui fait la Une de tous les médias mondiaux. Voir l’un des trois  ci-dessous :

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Les 4 autres tableaux, tout aussi étonnants , sont des « scènes de genre-portraits-paysages », pourrait-on dire, chaque genre se dissolvant dans l’autre par des effets « après-coup »: basculement des plans et glissements de la pâte, d’une surface à une autre. Les couleurs sont saturées et violentes, les textures riches, les contrastes violents…  ce qui entraîne une dramatisation extrême.

 

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Luc Tuymans est à l’opposé d’Adrian Ghenie.
Peintre d’Histoire lui aussi, travaillant d’après photographies comme son collègue, il utilise des moyens très différents pour arriver à la dramatisation :  à l’excessif, il préfère le presque rien.

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La tension nait d’une palette très restreinte, de couleurs « délavées », d’une peinture lisse et mate, enlevant vie et actualité aux êtres comme aux événements. Nous sommes projetés dans un monde silencieux et figé.
Les personnages sont peu précis,  leurs expressions indéfinissables, et les scènes sont bien souvent dans des seconds plans.
Cet éloignement du sujet rend le spectateur voyeur malgré lui. Ainsi  nous glissons dans un passé incertain et gênant parce que l’interprétation reste ambiguë. « Quelque chose se passe » ou « s’est passé »… mais quoi ?

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Une oeuvre retient particulièrement l’attention car elle est  extrêmement gênante du fait qu’elle accumule la plupart des critères chers à Tuymans: Indéchiffrable, provocante et dans le même temps élément possible d’un organisme vivant malsain voire maladif , bizarrement répétitif et différent.

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Il s’agit de trois yeux de pigeons.

 

47. Reza Lavasani. IRAN. Biennale 2019.

Trois artistes pour trois oeuvres , chacune dans son espace propre. Les 3 sont intéressantes mais à des degrés divers. J’ai retenu celle de Reza Lavasani intitulée « La vie »

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Derrière un rideau de fête et de deuil en même temps , une immense table dressée pour un repas.

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Passé l’obstacle on est plongé d’emblée dans un monde figé et gris qui nous conduit par petites touches (objets ) dans un passé que l’on décode peu à peu: celui des époques successives du pays.

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Travail colossal, totalement en papier mâché, c’est d’abord un exploit artistique par le raffinement des détails , la nappe retournée avec ses plis et son ourlet, les pétales des fleurs dans le vase, l’immense lustre qui pend du plafond, mais c’est aussi une traversée des époques et de la diversité du pays avec des rappels de sculptures connues comme les petits chevaux…

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C’est aussi un travail qui inclut de façon évidente la notion de temps passé à le réaliser. Et dans ce cas, ce temps énorme a un  impact fort sur l’oeuvre car il rend palpable la lenteur de l’évolution des mentalités, de l’ouverture à la modernité, du poids des traditions. Quand on choisit le papier comme matériau, quand on connait la richesse  de la littérature iranienne et son rayonnement culturel, se libérer de son poids par cet acte iconoclaste, pour un jeune artiste, est une idée tout à fait intéressante.

 

46. Serwan Baran. IRAK. Biennale 2019.

 
 
Pavilon de l’Irak. Serwan  Baran

Lors des biennales précédentes l’Irak avait droit à un étage spacieux de palais. Cette année c’est un tout petit espace aveugle en rez de chaussée et au fond d’un couloir. Allégorie de la descente aux enfers du pays ?

Et malgré ou grâce à cela c’est sûrement un des pavillons les plus intéressants car la force plastique des deux créations apparait immédiatement, tant elle est à l’étroit . Une fois franchi le petit couloir tortueux peint en vert militaire, on tombe sur une sculpture au sol: grandeur nature, un soldat en état de décomposition avancée git dans une barque. Terre crue séchée, modelée à grandes touches. L’ensemble est saisissant, puissant, la sobriété jouant à plein.
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Derrière dans un espace de taille analogue, un mur peint.

Verts, jaunes, noirs gris dans toutes les valeurs colorées du camouflage militaire, on distingue un enchevêtrement de formes que l’on ne lit pas immédiatement comme des corps disloqués et recroquevillés sur eux-mêmes: des militaires morts  surpris alors qu’ils étaient sans doute en train de manger; des assiettes en carton remplies d’éléments indéfinissables et des morceaux de tissus militaires réels sont collés et s’intègrent à l’ensemble pictural en lui donnant paradoxalement vie.

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Serwan Baran, irako-kurde né à Bagdad en 1968 a suivi une formation artistique. Enrôlé lors des conflits de 1980 et 1990 en tant que soldat mais aussi artiste de guerre, il avait pour mission d’ illustrer et rendre compte des victoires de l’armée irakienne pour la propagande du gouvernement.

Il a baptisé cette double création « Fatherland » tant il est vrai, explique-t-il,  que la « mère » n’a servi qu’à donner le jour à de futurs soldats, le pays n’ayant guère vécu autre chose que des régimes militaires, la guerre et la mort.

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45.Jannis Kounellis. Biennale 2019.

La fondation Prada présente dans ses beaux et vastes espaces le travail de Jannis Kounellis installé par Germano Celant, défenseur avisé de l’Arte Povera. La beauté du lieu et la qualité du commissariat en font un moment exceptionnel.

Kounellis avait coutume de dire qu’il était avant tout peintre (et non sculpteur ou installateur ). Profession de foi qu’il synthétise plastiquement dans l’émouvante petite création ci-dessous. Des pierres, du feu, une trace de suie…. et tout au bout… « la Peinture » ….  Toute l’histoire de la création artistique est là.

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« Être peintre », c’est généralement poser diverses matières sur un support plan.
Les très importantes surfaces horizontales et verticales de la fondation offrent des plans parfaits pour ressentir immédiatement la démarche de l’artiste.
Il fait jouer couleurs et matériaux avec la même rigueur qu’un Abstrait Géométrique, mais lui serait plutôt dans le concret à forte valeur symbolique, confrontant Nature et Culture, ses « couleurs, empâtements, réserves… » étant choisis dans le monde du travail et de l’industrie : plaques métalliques, poutrelles, pierres , bois, charbon, laine cardée, feu et suie … etc

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4 tableaux sur plan vertical : « Fer/fleurs »- « Fer/laine » – « Fer/bois » – « Fer/pierres »;  oeuvres de 1987

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Un sur plan horizontal : « Fer/charbon »

L’oeuvre ci-dessous présente dans un immense rectangle au sol , un étalage digne des Puces : pardessus, chaussures , chapeaux… Ces vêtements visiblement des années 40 , ont plus ou moins servi vu l’état de conservation variable de chacun. Aussi, nous renvoient-ils à ceux qui les ont portés … et bien sûr au fait qu’ils ne sont plus.

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De plus près, les styles varient, bonne ou moins bonne qualité, étiquettes lisibles, doublures soyeuses , déchirures, état d’usure, chaussures éculées … et nous saisissons mieux l’intention :  le tout est organisé de façon à isoler mentalement chaque groupe de trois éléments, pour accéder peut-être ainsi à une interprétation: la personnalité du propriétaire, et, au delà, sa fonction dans cette période qui sur le plan de l’histoire n’est pas anodine…

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44 – Alain Guy Clément au « 401″

« Voyage dans l’intranquillité »

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Dès l’entrée, on comprend que  le voyage que nous propose Alain Guy Clément sera effectivement  difficile et qu’il faudra abandonner le repos des images complaisantes et des « non-sujets »  convenus.

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La filiation du  tableau sectorisé « Arbre-Nature » de 2008 (cf ci-dessus) avec les grandes compositions religieuses tripartites, issues de notre culture occidentale,  est évidente et nous éclaire d’entrée : nous sommes dans un espace métaphysique  où naissance, vie, mort / paradis, monde terrestre,enfer, vont venir buter sur le questionnement personnel de l’artiste.
Chez Clément, c’est d’un voyage intérieur qu’il s’agit , celui de l’Homme au sein d’un monde terrifiant et imprévisible, d’océans agités, de  ciels d’orage, d’espaces herbeux instables, de grèves remplies de déchets et d’anges en déchéance. L’humain,  solitaire, ballotté par les vagues dans de frêles embarcations, cherche sa route à la croisée de «  chemins qui ne mènent nulle part ».
Le monde  de Clément part à la dérive.

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Cependant, près des arbres majestueux qui emplissent l’espace mouvant alentour, comme pour le stabiliser, des animaux familiers, « veilleurs »  doués d’une intelligence ou d’un sens qui fait défaut à l’homme, observent et réfléchissent. Calmement plantés sur le sol ou échappant à notre pesanteur, chiens, rats, oies ou vaches, cochons, oiseaux… sont là en contrepoids, pour nous ramener sur la rive.

Toute la force des  tableaux de Clément tient dans la technique magistrale, les transparences et recouvrements, la science des rapports de touches et de couleurs: chaque création est une sorte d’ organisme vivant, débarrassé de la bienséante enveloppe, palpitant et se tordant devant nos yeux.
C’est une peinture qu’il faut vivre, affronter en direct..

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Devant les toiles de Clément, on pense bien sûr aux premiers Expressionnistes du XX°siècle, et dans son cas , surtout à Munch, Nolde, Ensor ou Kirchner… mais, chez lui, pas de portée politique ou sociale, pas de narration d’un fait ou d’un instant.

On est en Italie du Nord, dans les années 70, les Minimalistes et les Conceptuels ont fait leur temps. Deux mouvements importants occupent  la scène avec un retour  à la Figuration, aux sources mythologiques, et à la peinture métaphysique : la TransAvantGarde et la Figuration Expressive dont Alain Guy Clément est un des membres reconnus.
Aujourd’hui, dans son atelier montalbanais, il perpétue cette tradition picturale essentielle et précieuse, loin du clinquant et de la futilité de  trop de créations contemporaines.

Le jour de l’ouverture , les oeuvres picturales de Clément ont été mises en relation avec des extraits d’oeuvres musicales  et   littéraires :

Jean Cazal a lu des textes de Clément, Dino Buzzatti et Jules Renard, choisis par l’artiste et accompagnés par le violoncelle de Camille Delbreil qui a terminé la soirée en nous offrant un récital Bach, Britten, Cassado.

Caractéristiques des tableaux  présentées dans ce blog :
- »Après le naufrage« .1984 (100/80cm). « La découverte du Monde ». 1988 (150/115 cm)
- »Homme-Nature » blanc – 2008 (150/115cm)
- « Homme-Nature » 2 verts- 2008 ( 150/115 cm)
- Série« Réflexion »- 2009 à 2015
Oie : 100/80. Vache :100/88. Chien: 100/80
- «  Autoportrait » . 1997; 54/65 cm

 

 

43 . Dominique GAUDU au 401

La galerie « le  401  » a choisi pour son inauguration, en mai 2017, d’exposer  l’artiste Dominique Gaudu.
« Ici, si loin » titre de l’exposition , proposait :
- dans la Galerie : 8 compositions au format 90/126 cm et une suite ( « Jardins ») de 5 formats carrés de 76/76 cm
- dans l’Atelier : 6 sculptures et 5 dessins à la mine de plomb.

 

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Les titres des oeuvres nous renseignent déjà sur la personnalité et les intentions de l’artiste et nous aident à entrer dans son univers : « Mi soie, mi parfum » – « Tisseur de nid, jongleur de paille » – « Sous l’herbe se perd la fourmi » – « Fond d’ombre » – « Nous n’irons plus au bal » (photo ci-dessus)« J’ai jeté du sel sur la neige » – « Minutieusement l’hiver… » – « Le vent l’emportera » – « Longtemps ce fut l’été » – « Où l’orpailleur s’arrête »

 « Regarder les tableaux de Dominique Gaudu,  c’est gagner un espace clair balayé par des sillages de lumière poudrée. Voir alors allège et ouvre sur un cosmos lointain et radieux que hantent encore les traces d’une nature aléatoire : fragments de bois, mémoire de lichen, rougeoiement d’un matin dans l’hiver, peut-être. Dans cet éther lumineux la matière pulvérisée s’harmonise en trajectoires discrètes qui soutiennent la solitude produite par cette soudaine ascension de notre point de vue sur les choses. Régénérés par cette avancée jusqu’aux bords fragiles du monde, nous sommes pleins de gratitude pour ces oeuvres qui l’ont permise ».   Agnès Girardeau


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Attiré par l’exubérance et la générosité des formes et des  couleurs, l’oeil est retenu par la vibration des pigments.  Les oeuvres sont belles…  mais cette beauté-là est tout sauf  superficielle . Elle est riche d’une connaissance pointue du fait artistique. Ces créations  qui semblent pourtant si  spontanées et émotionnelles sont portées par une technique parfaitement maîtrisée ;  Elles sont dans le même temps fantaisie et rigueur, légèreté et profondeur.

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Les sculptures sont inspirées par « Les villes invisibles » d’Italo Calvino.

Dominique Gaudu a plusieurs fois collaboré avec  Pierre Nouilhan , créateur des Editions « Sables » . Des petits livres rares, illustrés par l’artiste, ont été  exposés au 401 et l’éditeur Pierre Nouilhan a présenté son travail, ses choix et sa collaboration avec les artistes illustrateurs

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 Dominique Gaudu, née en 1938, est titulaire du Diplôme de Peinture ( Beaux Arts)  et Professeur Agrégé d’Arts Plastiques.
« Ces formations antinomiques, très diversifiées, m’ont permis d’aborder des recherches éclectiques en phases avec des situations, des lieux, des pays divers … Le dessin- primordial pour moi -, peintures, sculptures, costumes de théâtre, bijoux ….. J’aime travailler au gré  d’un chemin artistique  buissonnier, sans but de reconnaissance artistique; mais non sans plaisir. DG.

Les flûtistes Jean Marc Andrieu , directeur du Conservatoire de Montauban et de l’orchestre baroque « les Passions » et sa femme Fabienne Azema-Andrieu nous ont fait l’honneur  d’accompagner le vernissage en interprétant des pièces de Telemann.