Archives pour la catégorie «Artistes»

43 . Dominique GAUDU au 401

La galerie « le  401  » a choisi pour son inauguration, en mai 2017, d’exposer  l’artiste Dominique Gaudu.
« Ici, si loin » titre de l’exposition , proposait :
- dans la Galerie : 8 compositions au format 90/126 cm et une suite ( « Jardins ») de 5 formats carrés de 76/76 cm
- dans l’Atelier : 6 sculptures et 5 dessins à la mine de plomb.

 

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Les titres des oeuvres nous renseignent déjà sur la personnalité et les intentions de l’artiste et nous aident à entrer dans son univers : « Mi soie, mi parfum » – « Tisseur de nid, jongleur de paille » – « Sous l’herbe se perd la fourmi » – « Fond d’ombre » – « Nous n’irons plus au bal » (photo ci-dessus)« J’ai jeté du sel sur la neige » – « Minutieusement l’hiver… » – « Le vent l’emportera » – « Longtemps ce fut l’été » – « Où l’orpailleur s’arrête »

 « Regarder les tableaux de Dominique Gaudu,  c’est gagner un espace clair balayé par des sillages de lumière poudrée. Voir alors allège et ouvre sur un cosmos lointain et radieux que hantent encore les traces d’une nature aléatoire : fragments de bois, mémoire de lichen, rougeoiement d’un matin dans l’hiver, peut-être. Dans cet éther lumineux la matière pulvérisée s’harmonise en trajectoires discrètes qui soutiennent la solitude produite par cette soudaine ascension de notre point de vue sur les choses. Régénérés par cette avancée jusqu’aux bords fragiles du monde, nous sommes pleins de gratitude pour ces oeuvres qui l’ont permise ».   Agnès Girardeau


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Attiré par l’exubérance et la générosité des formes et des  couleurs, l’oeil est retenu par la vibration des pigments.  Les oeuvres sont belles…  mais cette beauté-là est tout sauf  superficielle . Elle est riche d’une connaissance pointue du fait artistique. Ces créations  qui semblent pourtant si  spontanées et émotionnelles sont portées par une technique parfaitement maîtrisée ;  Elles sont dans le même temps fantaisie et rigueur, légèreté et profondeur.

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Les sculptures sont inspirées par « Les villes invisibles » d’Italo Calvino.

Dominique Gaudu a plusieurs fois collaboré avec  Pierre Nouilhan , créateur des Editions « Sables » . Des petits livres rares, illustrés par l’artiste, ont été  exposés au 401 et l’éditeur Pierre Nouilhan a présenté son travail, ses choix et sa collaboration avec les artistes illustrateurs

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 Dominique Gaudu, née en 1938, est titulaire du Diplôme de Peinture ( Beaux Arts)  et Professeur Agrégé d’Arts Plastiques.
« Ces formations antinomiques, très diversifiées, m’ont permis d’aborder des recherches éclectiques en phases avec des situations, des lieux, des pays divers … Le dessin- primordial pour moi -, peintures, sculptures, costumes de théâtre, bijoux ….. J’aime travailler au gré  d’un chemin artistique  buissonnier, sans but de reconnaissance artistique; mais non sans plaisir. DG.

Les flûtistes Jean Marc Andrieu , directeur du Conservatoire de Montauban et de l’orchestre baroque « les Passions » et sa femme Fabienne Azema-Andrieu nous ont fait l’honneur  d’accompagner le vernissage en interprétant des pièces de Telemann.

 

41. Venise 17. Dirk Braeckmam.

 Dirk Braekman . Pavillon de la Belgique

Dirk Braeckman est un photographe belge né en 1958, qui vit et travaille à Gand.
Ses œuvres, pour la plupart des photographies, sont en noir et blanc. Reconnaissables par l’ambiguité qu’elles entretiennent entre abstraction et figuration, et par leur absence totale d’anecdote.

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Le travail photographique de Dirk  Braeckam teste les limites de la photographie analogique. Il nous présente des images où l’accommodation sur le sujet choisi ne se révèle que peu à peu.

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Nous baignons pourtant dans un monde familier , mais les plans très rapprochés, la prise de vue inhabituelle, et toutes les manipulations que l’on devine très poussées pendant le développement en chambre noire, nous entraînent dans un monde silencieux, secret, reposant qui s’adresse moins à notre interprétation d’un fait extérieur  qu’à notre expérience personnelle et intime.

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40. Venise 17. N.Hattom + S.Sleman

« Archaic ». Pavillon de l’Irak.

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A l’entrée une très longue vitrine présente de tous petits objets de l’époque néolithique (en terre, pierre sculptée, métal ou verre; des objets usuels , des jouets, des ocarinas, des sceaux-cylindres, des déesses de la fécondité . Ils témoignent des préoccupations humaines d’alors,  dans cette région : l’eau, la terre, la chasse, l’écriture, la musique, les dieux, la frontière, les conflits et l’exode. Neuf thèmes pour neuf artistes.
J’en retiendrai 2, les deux femmes du groupe ( ce qui me semble important vu le pays considéré)  et parce que leur travail est tourné vers un futur positif.

Nadine HATTOM ( née en 1980 à Bagdad. Vit et travaille à Berlin)

Appartenant à la communauté mandéenne, groupe ethnique religieux du sud de la Mésopotamie, elle cherche une identité, des racines, des souvenirs, dans les incessants déplacements d’un groupe condamné à un perpétuel exil. Elle s’exprime par montages photographiques , de courts textes et parfois des ajouts d’objets.
Elle ne parle en fait que de construction possible de la  personne, même dans et par l’errance.

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Le texte de la photo dit  : « 1957,Halfayed, Iraq. Voici notre grand-mère portant notre oncle Saad (âgé de 1 an) près de notre oncle Nazar ( âgé de 7 ans) dans notre hutte de terre. Saad était si beau et si blond que nous l’avions bâptisé « Kennedy ». C’est notre grand-père qui a pris cette  vue avec son appareil photo » .
Bien sûr, il n’y a personne sur la photo en noir et blanc.

 

Sakar SLEMAN , née en 1979 , est kurde . Elle vit en Irak à Sulaymaniya

Inspirée par le Land Art,  ses interventions prennent la forme de grands signes spiralés, posés sur le sol. Utilisant des briques blanches et pures,  portant parfois  les noms de femmes Kurdes et Yazidis violées ou torturées, elle installe à flanc de colline des cercles, des croissants de lune, des serpents se mordant la queue, symboles du cycle menstruel et de la fécondité de la Terre.
Elle ne parle que de l’évidente Renaissance.


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Un extrait du texte d’introduction  du catalogue :

« Archaic c’est l’état de l’Irak d’aujourd’hui, dans ses institutions vieillotes, son isolationnisme bureaucratique, et ses institutions culturelles dilapidées.
Archaic c’est le pays si enchâssé dans ses artefacts archéologiques qu’il n’est même plus capable de protéger ou d’endiguer les attaques de ses cent mille sites.
Archaic c’est la vision occidentale de l’ »autre », celle d’un pays dévasté par la guerre,  qu’il est plus facile de voir ainsi  qu’autrement :
Archaic c’est l’approche des arts visuels avec d’un côté l’accablant héritage du passé , de l’autre l’extrême pauvreté du présent… « 

« La route vers l’Archaïque » (extrait par T Chalabi- Liban et P Colombo- Turquie, organisateurs)

39. Venise 17. Wong Cheng Pou

« A Bonsaï of my dream » . Pavillon de Macao 

Accueillis dès le perron par un cochon souriant, yeux fermés, rempli de souillures et à la morphologie très éloignée des standards occidentaux, on pressent avec plaisir que l’on va cette fois voyager dans une culture et un parti-pris plastique éloignés des nôtres.

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Le  bonsaï , espace  miniaturisé,  symbole  de  paix et d’harmonie entre l’homme et la nature dans la Chine ancienne,  aidait les moines dans leur méditation . Le bonsaï  de Pou c’est sa méditation sur un monde qui n’est plus.  Le sien, celui de son enfance.  Qu’il rend moins cruel à ses yeux et aux nôtres  par le truchement de la fable et du merveilleux.
Des petits personnages mi-hommes, mi-dieux,  clownesques et souriants s’activent à des travaux ancestraux, bizarrement vêtus, traversant les cloisons,  sculptures blanches et lisses…

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D’autres, de taille inférieure, petits monstres rêveurs de contes … à deux têtes,… sans buste,… visages  endormis, dotés d’un bec, nous regardent entrer…

 

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Figures que l’on retrouve aussi sur papier glacé, s’effaçant lentement, photos-peintures vieillies, mangées par le temps. Peu ou pas de couleur , c’est le monde des songes.

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Deux très longues bandes jaune  verdâtre, acide et fluorescent , apportent la seule couleur et la seule lumière de la pièce, irréelle et quasi insupportable.

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Mais aussi deux  éléments bien réels dont la symbolique n’apparait pas d’emblée : un petit tas de terre dans un angle et un filet de pêche jeté sur un des petits monstres, dans l’angle opposé, tous deux aussi incongrus qu’inutiles . La paysannerie, la pêche. Un monde disparu.

38. Venise 17. Geta Brătescu

Geta Brătescu. Pavillon de la Roumanie

Artiste roumaine,  Geta Brătescu est née à Ploiești en 1926.  Elle est la grande représentante de l’art conceptuel en Roumanie.
Agée aujourd’hui de 91 ans, elle est enfin reconnue et exposée en Europe et aux USA.
Jusqu’à la chute de Ceaucescu , sans être une opposante active, elle s’est tenue à l’écart de la scène artistique, travaillant, recevant, montrant , exposant et enseignant dans son atelier.

 

Roumanie 3:500Roumanie 3B-500En 65 , elle réalise la série de lithographies sur « Mère Courage » 33,7/37 cm

De 75 à 78 , «  Mémoires », 7 dessins aquarelle sur papier 44/56 chacun :

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Son travail témoigne d’une expérimentation constante ( dessins, collages, gravure, tapisserie, assemblages, films , photographie expérimentale, videos, performances… ), et de procédés infinis, avant tout dans l’acte de dessiner… yeux fermés, sans relever le crayon, avec papiers découpés aux ciseaux… Ses supports et matériaux eux aussi toujours renouvelés.

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« Mères ». 1997. Collage , tempera et encre 104,5/76

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1997.  » Apparitions ». Série de 6 dessins aux encres sur papier parchemin 52/42 cm :

 

37. Venise 17. Shirin Neshat.

Shirin Neshat. Musée Correr 

Internationalement reconnue, habituée de Venise qui l’a primée et distinguée plusieurs fois, Shhirin Neshat  présente cette année au Musée Correr deux oeuvres liées.

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- « The Home of my Eyes » est une série d’environ 30 très grandes photographies réparties sur 3 murs d’une des salles du Musée : portraits d’Azerbaïdjanais de tous âges qui pourraient composer la population d’un village. Tous sont en plan rapproché, mains jointes en signe de prière comme l’étaient les adorants de Mari dans la Mésopotamie des origines mais comme peut l’être aussi le geste de bienvenue et d’accueil  dans l’Orient d’aujourd’hui.

En s’approchant de ces très grandes images, on constate que tout ce qui est dénudé dans chaque individu, visage, bras, mains… est recouvert de très fines lignes d’écritures en langue farsi.

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- Faisant suite à cette présentation, dans la pièce suivante, une vidéo (« Roja » )   raconte de façon plus personnelle la nostalgie du pays perdu et surtout le désir d’un être cher . Symboliquement deux femmes : une jeune, une autre qui pourrait être la mère. Entre elles une immense mare au pourtour boueux dans une cuvette entre deux collines. Chacune descend et s’avance avec difficulté vers l’autre. Quand elles semblent sur le point de se rejoindre, la photo se déforme, un gros plan sur la plus âgée  la dévoile déformée et effrayante, et lorsqu’elle atteint « sa fille » elle la repousse violemment loin d’elle… et repart d’où elle est venue.

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Shirin Neshat est née en Iran en 1957 dans une famille aisée occidentalisée, elle a pu faire des études d’art à Los Angeles, San Francisco, puis New York où elle s’installe.
Cinéaste , vidéaste, et photographe, ses sujets privilégient le fossé entre  ses deux cultures et le statut de la femme dans l’islam contemporain.
Son travail se caractérise par l’utilisation à peu près exclusive du noir et blanc, toujours très contrastés et par des installations où sont confrontées vidéos et photos, ou films mis en opposition sur deux écrans juxtaposés.

36. Venise 17. Zad Moultaka

« Shamash, soleil noir soleil » . Pavillon du Liban

Zad Moultaka  a réalisé  « Shamash soleil noir » pour la Biennale de Venise 2017;  Shamash,  chez les premiers babyloniens était le dieu du soleil et de la Justice. Il était de ce fait le plus adoré à Ur.

Les visiteurs sont conduits dans le noir jusqu’à des bancs . On voit très peu l’espace mais on le devine très grand et très haut.
Des voix se mettent à psalmodier, peu, un peu plus, arrêts, reprises, très beau chant polyphonique, prières…
De faibles rais lumineux verticaux apparaissent formant sur les côtés une double haie qui s’étire vers le lointain comme si deux rangées de prêtres se parlaient, se répondaient… Les chants s’arrêtent, les voix chuchotent, parlent, reprennent…

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Des ombres se dessinent.On devine peu à peu une bizarre géographie sur le mur, dorée, et comme un plan de ville. Peut-être celui d’Ur, vu de la ziggourat.

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Une ombre nouvelle, de forme oblongue, monte en intensité devant ce mur lumineux, de plus en plus nettement,  une sorte de statue du dieu Shamash sans doute puisque c’est le titre de l’oeuvre… Les voix s’enflent, emplissent l’espace et subitement  un coup de tonnerre , énorme… et le silence.

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L’espace s’est éclairé crûment : la pseudo statue est un engin militaire métallique rempli de boulons et de tuyaux ( un moteur de bombardier dira le dépliant) se détachant sur un mur constellé de pièces de monnaie.

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Puis tout redevient noir peu à peu. Alors une voix d’enfant s’élève et récite « Les Lamentations sur les ruines d’Ur » ( dira aussi le dépliant).

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Soleil …Noir en effet : le dieu était celui de l’argent, de la guerre et de la mort.

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Zad Moultaka, Libanais, né en 1967, est compositeur et plasticien.
Chassé par la guerre, il s’installe à Paris où il travaille notamment avec l’IRCAM. Il participe aux plus grandes manifestations …Beyrouth… Dubaï …Venise. Pour  la France ,  en 2017… Institut du Monde Arabe et Nuit Blanche à Paris.
Depuis 2011, il jette des ponts constants entre les cultures Orientale et Occidentale et entre les genres Musique et Arts Plastiques.Il est aujourd’hui avant tout sollicité pour ses Installations sonores et visuelles.

31 – Nancy Spero – Biennale Venise 15

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Le Codex Artaud -71-72

Le Codex Artaud réalisé en 71-72 est un ensemble très important de 39 rouleaux de papiers fragiles, froissés, de couleur écrue, présentés ici déroulés et dans de longs et étroits cadres à la mesure de chacun.
Dès l’entrée l’installation et son contenu nous renvoient aux tombeaux égyptiens et aux livres des morts.
La disposition aléatoire des cadres les uns par rapport aux autres, leurs dimensions variables, les uns horizontaux, d’autres verticaux, les sens différents de lecture : lignes de textes dans diverses directions, se chevauchant, coupées ,   lettres plus ou moins grosses,   formes humaines étirées , déformées,   dessin rapide et grossier, alternance couleurs- noir/blanc…,  tout concourt à perturber et par là même à renforcer le tumulte interieur de l’écrivain.

 

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 L’immense salle, carrée et presque vide, mais occupée sur ses quatre murs, oblige à des déplacements et nous met  dans la peau d’un archéologue qui ne découvrirait que quelques fragments et ne déchiffrerait que des bribes. Elle nous oblige à  « tourner en rond » dans ce grand vide, et à éprouver la sensation particulière d’enfermement et d’égarement qui était celle d’Artaud.

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Nancy Spero, née en 1926 et décédée en 2010,  a laissé  une oeuvre austère, complexe, dérangeante.  Elle a toujours exploré de nouveaux procédés graphiques, privilégiant les collages, déchirures, froissages, matériaux pauvres et bruts , leur violence immédiate traduisant son total engagement politique et ses luttes contre l’ordre social et les violences de tous ordres.
Le Codex Artaud fait partie de l’exposition  » Slip of the tongue » à la Dogana di mare. Venise 2015

30 – Cy Twombly – Biennale Venise 15

Venise 2015. Une grande rétrospective de l’oeuvre de Cy Twombly « Paradise »  est présentée à la Ca Pesaro jusqu’au 13 septembre.

Chez Twombly j’aimais à peu près tout, les gribouillages, les graffitis, les mots griffonnés, les peintures brouillonnes et effacées ou maculées, les coulures, les noms qui renvoyaient aux héros grecs et dieux de l’Olympe, les sculptures faussement « bricolées », les formats immenses… et il y a tout cela à la Ca Pesaro… mais il y a aussi une série d’un genre que je ne connaissais pas, plus intimiste peut-être, moins « à la Twombly », une série qui semblait juste témoigner d’un pur bonheur d’exister, c’est du moins ce que j’y ai vu, et c’est cette série que j’ai choisi de montrer.

 

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Gaeta set VIII – 1986 –  Acrylique sur papier

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Il y a aussi, dans le cadre de la Biennale,  le travail de Federica Marangoni, « inratable » de nuit puisqu’il illumine le Grand Canal d’une immense bobine de néon rouge sang , et qui se poursuit à l’intérieur, en forme de supplique : l’arrêt de toutes les violences infligées . C’est le thème récurrent de la biennale mais cette artiste le présente avec des procédés plastiques intéressants.

29 – Rosana Palazyan – Biennale Venise 15

Le « pavillon » de la diaspora arménienne : « Armenity », représenté par 18 artistes, a été très logiquement accueilli sur l’Ile San Lazzaro degli Armeni.  Il a reçu la récompense suprême : le Lion d’or.

Le travail le plus remarquable et le plus émouvant, mais aussi le plus modeste, est celui de Rosana Palazyan. Sa première création est une vidéo intitulée « Una história que nunca mais esqueci ». L’artiste, en partant de l’histoire d’une seule famille – la sienne – et peu importe qu’elle soit réelle ou approchée – nous plonge sans mièvrerie ni mélo dans le drame global d’un peuple qui a dû fuir. Non seulement elle ne dévie jamais de la sphère intime, mais elle choisit des outils et matériaux dérisoires et magnifiquement adaptés : ceux de l’errance et de la précarité, ceux que l’on pourrait emporter avec soi.
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Una historia que nunca mais esqueci… ( A story I never forgot )

Les images défilent dans le rond d’une petite lumière vacillante  sur un large espace d’ombre : le fond d’une tasse à café où des grains de marc se seraient rassemblés pour dessiner toute une file en marche, endiguée par des policiers armés, des tâches de café sur un morceau de tissu, des corps emmêlés ou un homme pendu sculptés dans un fond de pâte à tarte ou dans de la mie de pain, un bateau en papier qui bouge sur quelques traits de crayon bleu, et surtout, sur des petits mouchoirs brodés, les menus événements de l’installation dans le pays d’accueil – le Brésil – où la grand-mère de l’artiste enseignait la couture : scènes de  mariages, naissances, vieillesse…

Porque Daninhas ? ( Why Weeds ? )

La deuxième oeuvre de Palazyan est aussi émouvante et occupe le pourtour du jardin du cloître: des planches d’un grand herbier qui présenterait toutes les mauvaises herbes du jardin, celles dont on doit se débarrasser. La plante est une réelle plante séchée mais ses racines sont en cheveux- ceux de l’artiste, qui a une longue chevelure noire -. Brodés sous la plante,  ils la nomment et donnent ses caractéristiques de nuisible.