Archives pour la catégorie «Artistes»

52. ENRIQUE RAMIREZ

« Frente al rio las cosas del mar… » Maison du Port La Redorte  Aude

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L’installation occupe le 1° étage de la Maison du Port.
Quai de La Redorte. Aude

Au sol, une vaste estrade carrée de 30 cm de hauteur présentant des pièces de monnaie identiques  rassemblées sur un fond sombre, suggérant une carte géographique avec langues de terres avançant dans la mer.
Aux murs
-> 4 petits carrés de toile bleue, chacun pendu par deux pinces à dessin. Dans le bas du premier, un petit motif, brodé grossièrement avec un fil de  coton jaune, qui  évolue et se multiplie de carré en carré
-> une petite vidéo murale en fond de pièce
-> une feuille encadrée avec intervention de traces blanches sur fond gris

… 4 éléments  très disparates,  à première vue sans liens,  échappant volontairement à tout effet esthétisant … donc un ensemble plutôt déconcertant.

Là réside la force première de ce travail qui incite à une analyse plus poussée. Les éléments proposés, mais surtout les procédés choisis, font que  peu à peu les formes vont se charger de sens, se répondre, s’enrichir mutuellement , chemin semé d’indices, à suivre, à sentir, et surtout à éprouver.

 

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-> Le petit élément brodé est maladroit, basique, bateau de dessin d’enfant : troué, traversé,  empreinte violente. Puis, de carré en carré, le « bateau » se transforme et se multiplie,  pour finir à 12 modules organisés en cercle et évoquant le drapeau européen.

blog Ram. argent

-> Les pièces qui brillent nous renvoient bien sûr à la notion « d’argent » mais présentent alternativement l’une ou l’autre face.  De près nous retrouvons le drapeau de l’Europe mais accompagné du mot « sin tierra » et  sur l’autre face,  une voile de bateau tout à fait lisible , bouleversée par des flèches menant dans des directions contraires et deux mots cette fois « mar » et « profundo »… L’argent prend alors un sens plus précis…

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-La vidéo,  de taille modeste met à hauteur d’ yeux et comme en plongée totale, une séquence tout à fait hypnotique d’un « morceau »   de mer très agitée et de remous qui se brisent inlassablement sur une forme évolutive, allant du rocher affleurant à une masse blanche et allongée,  happée par les fonds.

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On  tombe alors  sur le dernier élément   où le seul mot «  mar » est écrit et répété dans une graphie hachée,  une organisation serrée, une sorte de foule entraînée  vers le bas et une absence de couleurs , donc de vie…

Bateau dangereux, voile mal tendue, Europe incertaine, multitude trop grande pour être comptée, individus « sin tierra » n’existant que par le prix de leur traversée, vents furieux, mer agitée, récifs, attraction vers le « profundo »      …   On quitte la salle assez « remués ».

(  Certes on pourra lire la feuille de visite offerte à l’entrée, apprendre qu’il y a 4820 pièces de monnaie -les 4820 migrants qui ont péri en Méditerranée en 2016 -, découvrir qu’Enrique Ramirez est chilien , fils de pêcheur , voguant enfant avec son père à une époque où l’on retirait du fond du Pacifique nombre d’opposants au régime de Pinochet … mais cette oeuvre plastique à l’efficacité évidente,  peut tout à fait se passer de ce plus informatif .

Comme une fois encore était abordé le problème des migrants,  j’ai souhaité présenter ici ce travail de la modeste maison du Port à La Redorte en contre-exemple de celui que j’avais évoqué dans le blog 51, accueilli, lui,  dans le prestigieux  écrin de l’Arsenal de Venise.

Le Frac Occitanie et le Musée des Abattoirs , dans le cadre des 80 ans de la Retirada, proposent une réflexion sur le statut de l’artiste en exil  : « Je suis né étranger », et un parcours le long du Canal du Midi : « Horizons d’eaux »

25 – Vivian Maier

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Vivian Maier, nurse anonyme de son vivant, phénomène médiatique morte.
Entre les deux une découverte : 100 000 négatifs, 700 rouleaux de pellicule couleur, 2 000 rouleaux de pellicule noir et blanc, quantité de films en 8 mm et 16 mm, le tout non développé.
Un film : « A la recherche de Vivian Maier » passe en ce moment sur les écrans, essentiellement dans les salles d’art et d’essais. Un thriller passionnant, émouvant, et perturbant, car le dénouement n’advient pas. Vivian Maier reste une énigme.

Enigme pour ceux qui l’ont côtoyée… sûrement. Ils le disent en tout cas. Plus les témoignages et souvenirs s’enchaînent sur cette femme solitaire et discrète,  plus VM s’échappe et se dérobe.
Enigme pour elle – même encore plus sûrement. En témoigne la quantité impressionnante d’auto-portraits et cette obsession à scruter sa propre image, à interroger son visage en le démultipliant à l’infini dans des jeux de miroirs et de mises en abîme.
Un vague malaise envahit le spectateur, une sorte de mauvaise conscience, éprouvée bien souvent face à la misère affective, à l’extrême solitude et à la dignité qui va avec.

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Les images aujourd’hui révélées font de VM une des plus grandes photographes de « Scènes de la rue » et le désir de chercher qui était la femme s’en trouve exacerbé. Nurse, célibataire, sans famille, sans amis, sans domicile  personnel…
Parmi les autoportraits, certains se réduisent à des ombres portées. Et c’est ici me semble t-il que  s’éclaire un peu de sa personne, par rapprochements de bribes. Ici en effet plus de présence effective.  Au contraire une disparition dans un hors-champ magique et protecteur. Juste une ombre calculée, maîtrisée,  tantôt  envahissant  l’espace, tantôt venant d’un angle inattendu, la tête toujours arrêtée à un  endroit stratégique. Un grand manteau, un chapeau… le justicier ? l’ange du bien ? du mal ? Sorte de toute puissance primitive.  Apparition christique.

- seule dans l’espace du paysage, elle l’envahit, utilise les fuyantes du décor pour se positionner et obliger le regard à glisser toujours vers une zone lumineuse au loin.
Dans un paysage urbain, elle domine la ville , veilleur immobile, ou se superpose à l’ange dans l’affiche d’un film à la mode « Le Ciel peut attendre » ( photo d’origine en couleurs) . Les allusions au cinéma des années 50 sont fréquentes. VM est cultivée et a de l’humour.

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  humains 200 long

- Quand elle se confronte à un humain, il est désarmé, nu, ridicule : femme bronzant en maillot et bigoudis, maçon penché, fessier boueux exposé,  autre femme relaçant sa chaussure, postérieur là aussi en l’air, bas en tire bouchon .

nature haut 20
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est dans la relation aux éléments naturels ou aux objets que VM se  livre davantage parce qu’il y a appropriation ou mieux incorporation de l’élément élu.  Elle installe un petit rameau avec feuilles comme  épinglé sur sa poitrine, des feuilles mortes  contre son coeur ou une limule rencontrée sur la grève , bête étrange fréquente dans son pays,   qui vient du fond des âges, contient un sang bleu aux propriétés thérapeutiques exceptionnelles, capables de « sauver l’humanité ».

VM ayant réalisé fort peu de photos animales il est probable qu’elle sait tout cela.

 

vivian_maier-r2FLECTEUR

L’ intention est plus troublante et évidemment plus calculée,  quand elle descend de sa poitirine à son ventre pour y loger un contenant cylindrique vide,  muni dans sa partie haute d’ un chapeau convexe  réfléchissant . Ainsi, attiré par cet ensemble clair cerné de blanc, l’oeil bute sur le petit  personnage, reflet d’elle-même… Comment ne pas y voir une idée de gestation, peut-être d’enfantement… mais de qui ou de quoi ? …

24 – Les glaciers d’Islande et Roni Horn

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Lagune glaciaire du Jokulsarlon. Icebergs du glacier Breidamerkurjökull ( photo DC 2014)

« Le temps qu’il fait » est une métaphore du monde, qu’il s’agisse de l’atmosphère ou de la vie d’un individu.
Le temps qu’il fait est une métaphore de l’énergie physique, métaphysique, politique, sociale et morale d’une personne ou d’un lieu ». Roni Horn

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Glacier Skalafellsjökull ( photo DC  2014)

 

 

« Vatnasafn » Roni Horn

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Au Nord Ouest de l’Islande, sur un promontoire dominant le petit port de Stykkishólmur, une bibliothèque désaffectée, très lumineuse et largement ouverte sur la mer, accueille depuis 2007 l’oeuvre de la plasticienne américaine Roni Horn : « Vatnasafn/ La Bibliothèque de l’eau« 


Général Roni H_Der500

L’installation se compose de 24 colonnes de verre. Chacune est remplie d’une eau recueillie par carottage dans l’un des 24  plus importants glaciers d’Islande. Un rayon lumineux traverse verticalement chaque colonne de haut en bas jusqu’à la cupule arrondie qui la relie au sol et peu à peu récupère les particules d’éléments constitutifs de chaque glacier. Le revêtement du sol en gomme orangée est parsemé de mots en anglais et en islandais couramment utilisés en météorologie.

Roni horn B 500

La rotondité des colonnes, leur agencement les unes par rapport aux autres et les différentes sources lumineuses  reflètent  et réfractent formes et couleurs au plus léger déplacement, créant une atmosphère à la fois mystérieuse, mouvante et très paisible.
Le réchauffement de la planète entraîne, de façon particulièrement sensible en Islande, des changements irréversibles. Dans « Vatnasafn » quand un glacier disparait la lumière qui traversait la colonne correspondante s’éteint. Deux lumières sont aujourd’hui éteintes. Les deux glaciers présentés en début de page sont présents dans l’oeuvre de Roni Horn. Ils reculent nettement depuis ces dernières années.
Roni Horn sol_500
L’eau, les mots sur le sol, les bulletins météorologiques présentés dans l’annexe du musée reflètent la relation intime de Roni Horn avec la géographie singulière, la géologie, le climat et la culture de l’Islande … Cependant « Vatnasafn », de même que les autres créations de l’artiste, est bien moins un hommage à la beauté des paysages d’Islande qu’une réflexion poétique sur le travail du temps et les modifications constantes de notre monde. 

 

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21 A – André Mimiague peintre haïkiste

 

André  Mimiague se définit  comme  peintre haïkiste.
Il nomme ses créations 
« Haïcouleurs » et explique : « Sous le pinceau il me faut de ces constructions incertaines de débris amassés par le vent »

 

Mimiague500a

HAÏKU

L’espace qu’ouvre l’unique appel au loin d’une mouette :
Le haïku.
Oui le haïku est espace…
Il fut une époque ( au Japon ) où les haïku se présentaient
comme   instants  de  cheminements  et  ponctuaient  des
récits de voyages.
                                     le haïku
                               un petit caillou
                                  de chemin

Chou-bijou, caillou-haïkou, genou-hibou, joujou-pou.
Micropoème. Poésie cocasse. Poésie-voyage…
P
référer à la prolifération continue hugolienne, l’humour
d
e KiKaKu ! Au bavardage de l’inconscient ayant rompu la
digue, l’énigmatique lueur du lacunaire de la phrase   »qui
cognait à la vitre »  ( Breton ). 
Aux grandes machineries
picturales, le minimalisme du…  HAÏCOULEUR !

HAÏCOULEUR ?

                                   Boue sur buffle
                          ou plaine enchignonnée
                             le pinceau hésitant.

Mimiague500b

HaÏcouleur ?
Saisie picturale de la musicalité d’un instant…
Ouverture éclair sur l’immensité intime…
Lumière d’un ailleurs de l’ordinaire…
D’une émotion l’amorce de l’éclosion…
Ce qui dans quelques traces…

 

Mimiague500c

Les trois haÏcouleurs présentés ci-dessus sont des peintures acryliques sur toile.
Dimensions 81/65 cm

Les Beaux-Arts de Bordeaux , à partir des  années  60 , ont accueilli quelques étudiants destinés au professorat d’Arts Plastiques et qui, d’une année sur l’autre, dépassaient rarement la douzaine. Admis à préparer cette formation directement « par correspondance » avec la seule école officielle : Claude Bernard à Paris, leurs travaux partaient tous les quinze jours par courriers postaux et revenaient corrigés par le même canal ; ils « montaient » à Paris pour quelques regroupements trimestriels et pour les examens de fin d’année.
Si ces étudiants avaient choisi une option aussi particulière et contraignante c’est qu’elle permettait à chacun de suivre parallèlement, et « à la carte », la formation artistique à laquelle il aspirait . Les avantages subsidiaires étaient la grande émulation créative et les amitiés très fortes liées au petit nombre, obligés qu’ils étaient de se « serrer les coudes » dans l’espace spécifique et intime qui leur était dévolu : quelques loges adjacentes dans les combles.
De ce fait , tous par la suite ont mené de pair professorat et activité créatrice. André Mimiague faisait partie de ce groupe.

C’est là que Parapluycha a vu le jour (voir blog 21b)

André Mimiague est né à Biarritz en 1943. Après la période bordelaise il est nommé à Paris. Il finira sa carrière de professeur à Nice.  Avec sa femme Madeleine, également issue des Beaux-Arts de Bordeaux, ils vont beaucoup voyager dans le Grand Nord, en Chine, en Asie du Sud Est, en Afrique…
Les textes en gris sont de lui.

 

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20 – Danielle Coquoz photographe

  Danielle Coquoz a nommé son blog « Photocipède et Touche à tout ». On n’est donc pas surpris que son travail « parte dans tous les sens »,  manipule librement tous les genres, ne se prenne pas au sérieux et  privilégie l’humour.

Chaque  série évolue  au rythme de ses humeurs et de ses déplacements . Tantôt chronique  sociale, tantôt  billet d’humeur… ou d’humour, parfois envolée surréaliste, recherche plasticienne…  Le plus souvent journal de voyage. Encore que la qualité des images et la teneur des sujets abordés dépassent largement le genre.

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En 2009 une première série (« Signes sur route ») est présentée à Istanbul : des raccords sur sols goudronnés forment d’étranges pictogrammes,  dessinant l’alphabet des effets conjugués des changements atmosphériques et des équipes de travaux publics…
Il semble par ailleurs évident que la figure humaine a le plus souvent influencé la prise et le cadrage. On retrouve la même préoccupation dans deux séries plus récentes : « Paris Bitume » et « Il a neigé sur la lune ? »

Coquoz_Prague470
Fenêtres sur Prague

Ce que j’aime  avant tout dans les images de Danielle Coquoz , c’est la charge d’humanité.  Qu’elles soient figuratives ou jouant avec l’abstraction, et même vides de personnages : paysages de nuit, champ, fenêtre, village endormi sous la neige … , l’oeil glissera toujours mentalement vers un « hors-champ » où retrouver l’humain : une lumière allumée, un outil oublié, une ombre, un objet …, des traces d’une activité passée à reconstruire ou d’un futur à imaginer….

Coquoz_Deux neiges _BlogTraces

Mais le plus souvent l’humain est bien là, source inépuisable de curiosité . Lui ou ses avatars, une tache, un reflet , un mannequin, une icône…  L’ oeil toujours critique, jamais méchant , va capter  les situations cocasses, les petits et gros travers, que 25 ans passés au CICR,  au coeur de l’horreur et des conflits armés, n’ont pas réussi à oblitérer.

Sans doute  cette expérience a-t-elle apporté la distance utile évitant larmoiement et sensationnel, mais aussi la détermination à présenter tous types de sujets sans hiérarchie dans le traitement.

SurleBateau2Blog: Les TRansat du FerRy (souvenir d’été)

 

Danielle Coquoz travaille à Paris. Son atelier se trouve  dans la jolie cour des Shadocks. Et je  peux affirmer qu’elle en perpétue joliment l’esprit. Pour la série ci-dessus, elle aurait pu prendre à son compte une de leurs citations célèbres :  » Dans la marine, il faut saluer tout ce qui bouge et peindre le reste ».

 

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19 – « Wild thing » – Pascal Mouisset

 Mouisset blog2

La question du  paysage et de sa représentation aujourd’hui.
Pascal Mouisset ,  nourri comme tous les peintres de sa génération  de Land art, de Concept et d’Installations, apporte une réponse originale et complexe, riche d’ouvertures sur de nouveaux  champs formels.
Sa peinture  est une plongée dans les profondeurs de l’Histoire, quand la nature était menaçante, les hommes sauvages et gouvernés par la peur.  Mais ce n’est pas une peinture qui décrit ou représente.

Mouisset 3_4

Déjà de 2006 à 2009 dans la série d’acryliques regroupée sous le titre « Décor, berges du Tarn », il y avait volonté allusive et retenue dans la transcription des formes- couleurs:

blog Mouisset1

le regard pouvait choisir de s’arrêter sur un point-accroche ou de vagabonder d’une image à l’autre car déjà, de l’une à l’autre, plusieurs temps, plusieurs focales, plusieurs angles de vue alternaient. On savait juste que l’on était dans l’herbe d’un pré ou au bord d’une rivière … mais avec l’oeil fixe de celui qui est parti dans ses rêves et n’accommode déjà plus vraiment.

Aujourd’hui les dispositifs sont beaucoup plus ambitieux. La vision n’est plus frontale. Ou plus seulement. On entre dans le paysage. Physiquement. Il nous enveloppe immédiatement et nous sollicite de toutes parts.
On est d’abord dérouté par la complexité de chaque création: des  tableaux … nombreux souvent ,  de tailles et formats différents, certains verticaux accrochés aux murs, ou en avancée sur structures en bois, d’autres posés au sol, ou surélevés sur des socles. Mais aussi parfois des éléments symboliques (  tas de terre, cendres, bûches de bois…) , des écritures,   des structures mobilières basiques, une bande son…

Mouisset blog install

On peut opter pour l’ Installation plasticienne, le décor de théâtre, le sas expérimental de décompression, ou même l’espace ludique pour future séance de  psychodrame…
car ces caissons sensoriels et mentaux fonctionnent à la façon des planches de tests de Personnalité: les formes imprécises, les clairs-obscurs, les passages du chaud au froid, de l’ombre à la lumière, la perte des repères traditionnels obligent chacun à projeter « sa » lecture.

Pascal Mouisset est  graphiste-illustrateur et plasticien.
Il vit et travaille en Midi-Pyrénées.

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11 – Barbora Blahutova

Tout a commencé en 2005.  Lors d’un passage en France, Barbora m’a offert une petite sculpture en pierre ( 9 / 4 / 3 cm) :  ma maison dans les arbres… m’a-t-elle fait comprendre.
Elle ne parle pas français, je ne parle pas tchèque, nous sommes cependant amies depuis… car s’est alors installé entre nous, et au-delà de l’amitié, un merveilleux partage et de riches échanges liés à nos créations artistiques .

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Barbora Blahutova est tchèque, sculpteur.
Elle est grave, audacieuse et facétieuse. Jeux de mots et d’images, clins d’oeil, sous-entendus, elle mélange les époques, les cultures, elle détourne les matériaux et joue savamment des citations et rappels.

Barbora Blahutova

Accompagnement musical : Erik Satie « Gnossienne n° 5″

Après des études artistiques aux Beaux-Arts de Prague, elle part pour Milan en 1966 grâce à une bourse d’études et suit les cours de Marino Marini à l’Académie de Brera.

Elle expose dès 1968. Ses oeuvres renvoient au Pop’art, à l’Op’Art et surtout à l’Arte Povera. Elle choisit délibérément les matériaux usagés, ou pauvres, les objets de rebut , les déchêts végétaux, minéraux ou industriels. Elle récupère et tranforme des caisses en bois, sculpte des pierres ramassées dans la campagne, moule dans le plâtre emballages ou denrées du congélateur.
Elle devient dans le même temps restauratrice d’oeuvres d’art dans les Musées Nationaux , ce qui l’amènera à des allers-retours entre Allemagne, Italie, et République Tchèque où elle vit actuellement.
En Avril 2012 a lieu à Prague à la galerie Jedne Veci l’exposition B. Blahutova-D. Chevalier

 

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9 – Giuseppe Penone

La Whitechapel Gallery de Londres présente « Espace de Lumière« , une oeuvre magnifique de Giuseppe Penone.

D’abord un vide vertigineux de lumière dorée comme une  corne d’abondance sans fin…
… et qui obstrue l’entrée de la pièce.

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Passé cet obstacle étonnant,   un arbre  tronçonné, couché à l’horizontale, reposant à un mètre du sol sur  ses branches coupées , et dont  la taille impressionnante obstrue à son tour la pièce en la coupant en deux…
… Alors seulement on réalise que le vide fascinant est celui de l’arbre, totalement évidé, et dont il ne resterait que l’écorce.
Celle-ci, de bronze bruni, donne à l’arbre une apparence tout à fait réelle, bien que son relief ne permette  pas d’ en  identifier l’essence…
… de près cette écorce n’en est pas une. C’est très  exactement la trace que les mains humaines donnent à la  gangue d’argile lorsqu’on entoure un volume pour en faire un moulage.
 Blog 7b

Ce n’est donc pas un  arbre que l’on a sous les yeux… … mais la matérialisation de son absence .
Seule la feuille d’or, chargée en creux de l’ écorce ancienne, en porte le précieux témoignage. Rendre sensible une absence pour faire naître une pensée…

Date d’origine de cet article : 30 octobre 2012

 

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6 – Nacéra Desigaud expose à Carbonne

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On pense d’abord à Pierrette Bloch, à Marinette Cueco, à Marisa Merz…  pour les matériaux utilisés ( fils naturels, herbes, graminées, branches… ) et pour les techniques d’organisation ( tressages, tissages, ligatures… ). Le rapprochement s’arrête là.

BLOG 4b

Pénétrer dans la magnifique salle pensée par Nacéra Desigaud c’est entrer dans un espace de méditation grave, retenu, qui renvoie bien moins au monde de la Nature qu’à notre présence d’humain au sein de cet ensemble. Et à notre place.
Tout y est immédiatement lisible et mystérieux à la fois. Il y a des nids, des cocons, des mues, des pièges, des chemins, des traces, … mais issus d’un monde mental. Les couleurs familières et attendues sont absentes remplacées par celles des pulsions les plus intimes et des réflexions essentielles : noir, blanc, rouge. Les ombres y côtoient les lueurs et l’extrême fragilité la violence brute du vivant .

« Chemins croisés, chemin continu » de Nacéra Desigaud
du 26 Juin au 2 Octobre 2011
Musée Abbal. 31390. Carbonne

Date d’origine de cet article : 1 juillet 2011

4 – Mimmo Paladino expose à Milan…

… pour ceux qui passeraient par là…

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Place du Duomo : « La montagne de sel »

1950. Enfant, on prend la mer avec Ulysse , on assiège Troie dans le cheval de bois, on vibre avec maman près du Teppaz quand Hélène s’abandonne à Pâris , ou quand Ménélas « part pour la Crête ». Enfant, on s’endort sous une Madone entourée d’or, on fleurit les tombes avec  grand-mère,  on s’envole dans les vapeurs d’encens jusqu’aux Saints de verre transpercés de rayons obliques, on peint des Princesses, on modèle des Anges, on cloue des Monstres de bois avec l’aide de grand-père. On part en chasse comme papa … un arc en noisetier à l’épaule. On est explorateur au jardin, archéologue dans la cave , astronome au grenier…

2011. Mimmo Paladino expose à Milan , et réveille tous ces mondes enfouis.

Octogone de la Galerie Victor Emmanuel II :   « Le chasseur  d’étoiles » ( à gauche)
1°étage du Palazzo Reale : « Les dormeurs ». (à droite)
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Exposition du 7 Avril au 10 Juillet 2011

Un bon lien vers l’artiste, court, sobrement informatif, accompagné de quelques illustrations pouvant être doublement agrandies :
http://www.galeriealicepauli.ch/paladino/frame.htm

Date d’origine de cet article : 1 mai 2011