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17 – « Le Léthé » de Yann Datessen

« Le Lethé » est un objet artistique insolite. C’est un livre, c’est même un roman construit de façon classique :  personnages, intrigue, progression… introduction, chapitres, conclusion…  C’est une belle histoire que l’on découvre peu à peu, en tournant les pages.  Cependant c’est un livre sans texte. Pas un seul mot. Seulement des images . Ce n’est pourtant pas un livre d’images. C’est un livre écrit avec des images. Des photographies au contenu dense et sobre .


Sirenes

L’argument nous est donné en préambule :  » Le Léthé est (.. ) l’un des trois fleuves des enfers grecs. Boire une gorgée … autorise un retour, revenir en surface, parmi les vivants. Le prix à payer ? L’oubli. L’oubli de son passé, de sa vie, ses amours, sa famille. Tout. Enfin presque. Il restera bien quelques bribes … »
Le « héros » choisit de boire, se disant qu’il n’est pas possible en effet d’avoir tout oublié. Et Il part à la recherche des bribes…

Radeau

Au-delà de l’histoire et de la qualité des images, c’est le parti- pris « narratif » qui m’a intéressée,   parce que très inhabituel lui aussi .
Yann Datessen affectionne le  polyptyque et en joue habilement de page en page, de même qu’il en fait le liant de l’ensemble.
D’abord chaque page repliée sur elle-même oblige le lecteur à l’ouvrir. Petit cérémonial qui renvoie aux rituels et au sacré.
Les images rectangulaires et de format identique sont toujours séparées par le même intervalle. Pour autant ce travail est tout sauf monotone… Le principe sériel et les fines verticales de séparation  introduisent rythme, cassures mais aussi dialogue avec cet intérieur où courent d’autres lignes et où se jouent les drames.
Au début deux images accolées… quelques bribes.  Puis trois, puis quatre…  souvenirs qui afflluent de plus en plus nombreux. Images au contenu  presque semblable,  mais pas tout à fait… questionnements… doute.  Laquelle est la bonne ?  Parfois l’une se retourne, la mémoire vacille,  la logique est cassée. Des décalages , des symétries … toujours au service de l’incertain et d’ affrontements le plus souvent douloureux.
Et toujours, la présence de l’eau, autre liant , ou peut-être véritable sujet… eau qui court ou stagne, eau-miroir qui brouille les repères, eau menaçante ,  énigmatique, dont on s’éloigne enfin, survivant et « enrichi ».

Léthé survivant cadre

 

Yann Datessen est photographe, plasticien, écrivain, chargé de cours de photographie à l’Université de Paris- Sorbonne. http://yanndatessen.fr/
Il est le créateur de la web revue « Cleptafire » consacrée à la photographie contemporaine ;  http://www.cleptafire.fr/

 

  Renvoi vers mon site : www.danielle-chevalier.fr