44 – Alain Guy Clément au « 401″

« Voyage dans l’intranquillité »

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Dès l’entrée, on comprend que  le voyage que nous propose Alain Guy Clément sera effectivement  difficile et qu’il faudra abandonner le repos des images complaisantes et des « non-sujets »  convenus.

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La filiation du  tableau sectorisé « Arbre-Nature » de 2008 (cf ci-dessus) avec les grandes compositions religieuses tripartites, issues de notre culture occidentale,  est évidente et nous éclaire d’entrée : nous sommes dans un espace métaphysique  où naissance, vie, mort / paradis, monde terrestre,enfer, vont venir buter sur le questionnement personnel de l’artiste.
Chez Clément, c’est d’un voyage intérieur qu’il s’agit , celui de l’Homme au sein d’un monde terrifiant et imprévisible, d’océans agités, de  ciels d’orage, d’espaces herbeux instables, de grèves remplies de déchets et d’anges en déchéance. L’humain,  solitaire, ballotté par les vagues dans de frêles embarcations, cherche sa route à la croisée de «  chemins qui ne mènent nulle part ».
Le monde  de Clément part à la dérive.

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Cependant, près des arbres majestueux qui emplissent l’espace mouvant alentour, comme pour le stabiliser, des animaux familiers, « veilleurs »  doués d’une intelligence ou d’un sens qui fait défaut à l’homme, observent et réfléchissent. Calmement plantés sur le sol ou échappant à notre pesanteur, chiens, rats, oies ou vaches, cochons, oiseaux… sont là en contrepoids, pour nous ramener sur la rive.

Toute la force des  tableaux de Clément tient dans la technique magistrale, les transparences et recouvrements, la science des rapports de touches et de couleurs: chaque création est une sorte d’ organisme vivant, débarrassé de la bienséante enveloppe, palpitant et se tordant devant nos yeux.
C’est une peinture qu’il faut vivre, affronter en direct..

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Devant les toiles de Clément, on pense bien sûr aux premiers Expressionnistes du XX°siècle, et dans son cas , surtout à Munch, Nolde, Ensor ou Kirchner… mais, chez lui, pas de portée politique ou sociale, pas de narration d’un fait ou d’un instant.

On est en Italie du Nord, dans les années 70, les Minimalistes et les Conceptuels ont fait leur temps. Deux mouvements importants occupent  la scène avec un retour  à la Figuration, aux sources mythologiques, et à la peinture métaphysique : la TransAvantGarde et la Figuration Expressive dont Alain Guy Clément est un des membres reconnus.
Aujourd’hui, dans son atelier montalbanais, il perpétue cette tradition picturale essentielle et précieuse, loin du clinquant et de la futilité de  trop de créations contemporaines.

Le jour de l’ouverture , les oeuvres picturales de Clément ont été mises en relation avec des extraits d’oeuvres musicales  et   littéraires :

Jean Cazal a lu des textes de Clément, Dino Buzzatti et Jules Renard, choisis par l’artiste et accompagnés par le violoncelle de Camille Delbreil qui a terminé la soirée en nous offrant un récital Bach, Britten, Cassado.

Caractéristiques des tableaux  présentées dans ce blog :
- »Après le naufrage« .1984 (100/80cm). « La découverte du Monde ». 1988 (150/115 cm)
- »Homme-Nature » blanc – 2008 (150/115cm)
- « Homme-Nature » 2 verts- 2008 ( 150/115 cm)
- Série« Réflexion »- 2009 à 2015
Oie : 100/80. Vache :100/88. Chien: 100/80
- «  Autoportrait » . 1997; 54/65 cm

 

 

43 . Dominique GAUDU au 401

La galerie « le  401  » a choisi pour son inauguration, en mai 2017, d’exposer  l’artiste Dominique Gaudu.
« Ici, si loin » titre de l’exposition , proposait :
- dans la Galerie : 8 compositions au format 90/126 cm et une suite ( « Jardins ») de 5 formats carrés de 76/76 cm
- dans l’Atelier : 6 sculptures et 5 dessins à la mine de plomb.

 

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Les titres des oeuvres nous renseignent déjà sur la personnalité et les intentions de l’artiste et nous aident à entrer dans son univers : « Mi soie, mi parfum » – « Tisseur de nid, jongleur de paille » – « Sous l’herbe se perd la fourmi » – « Fond d’ombre » – « Nous n’irons plus au bal » (photo ci-dessus)« J’ai jeté du sel sur la neige » – « Minutieusement l’hiver… » – « Le vent l’emportera » – « Longtemps ce fut l’été » – « Où l’orpailleur s’arrête »

 « Regarder les tableaux de Dominique Gaudu,  c’est gagner un espace clair balayé par des sillages de lumière poudrée. Voir alors allège et ouvre sur un cosmos lointain et radieux que hantent encore les traces d’une nature aléatoire : fragments de bois, mémoire de lichen, rougeoiement d’un matin dans l’hiver, peut-être. Dans cet éther lumineux la matière pulvérisée s’harmonise en trajectoires discrètes qui soutiennent la solitude produite par cette soudaine ascension de notre point de vue sur les choses. Régénérés par cette avancée jusqu’aux bords fragiles du monde, nous sommes pleins de gratitude pour ces oeuvres qui l’ont permise ».   Agnès Girardeau


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Attiré par l’exubérance et la générosité des formes et des  couleurs, l’oeil est retenu par la vibration des pigments.  Les oeuvres sont belles…  mais cette beauté-là est tout sauf  superficielle . Elle est riche d’une connaissance pointue du fait artistique. Ces créations  qui semblent pourtant si  spontanées et émotionnelles sont portées par une technique parfaitement maîtrisée ;  Elles sont dans le même temps fantaisie et rigueur, légèreté et profondeur.

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Les sculptures sont inspirées par « Les villes invisibles » d’Italo Calvino.

Dominique Gaudu a plusieurs fois collaboré avec  Pierre Nouilhan , créateur des Editions « Sables » . Des petits livres rares, illustrés par l’artiste, ont été  exposés au 401 et l’éditeur Pierre Nouilhan a présenté son travail, ses choix et sa collaboration avec les artistes illustrateurs

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 Dominique Gaudu, née en 1938, est titulaire du Diplôme de Peinture ( Beaux Arts)  et Professeur Agrégé d’Arts Plastiques.
« Ces formations antinomiques, très diversifiées, m’ont permis d’aborder des recherches éclectiques en phases avec des situations, des lieux, des pays divers … Le dessin- primordial pour moi -, peintures, sculptures, costumes de théâtre, bijoux ….. J’aime travailler au gré  d’un chemin artistique  buissonnier, sans but de reconnaissance artistique; mais non sans plaisir. DG.

Les flûtistes Jean Marc Andrieu , directeur du Conservatoire de Montauban et de l’orchestre baroque « les Passions » et sa femme Fabienne Azema-Andrieu nous ont fait l’honneur  d’accompagner le vernissage en interprétant des pièces de Telemann.

 

42. Biennale . Venise 2017

Le temps ayant décanté le flot des sons et des images, restent des petits coups de coeur, moments de plaisir plus ou moins durables… et des créations qui marqueront, qui ont ému et parlé dans le même temps, sans nécessaire lecture de texte explicatif, et sur lesquelles on aura envie de revenir pour creuser, réfléchir… et que l’on aimerait faire partager dans les pages suivantes.

Dans la première catégorie :

1 Au Palais Fortuny, dans l’exposition intitulée Intuition un tout petit moment très fort : le rapprochement d’une statue de la Renaissance ( Anne apprenant à lire les Ecritures à sa fille Marie ) et d’une sculpture d’Anish Kapoor mettant en scène par un vide circulaire blanc/blanc la notion de limite et dans ce cas d’illimité.

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2. Le Pavillon d’Israel. Artiste : Gal Weinstein
( né en 1970  en Israel )

Une demeure désertée où les moisissures montent peu à peu à l’assaut des murs, et,  à l’étage,  ce qui pourrait être un engin de guerre noyé dans un nuage de mousse… évoquant ceux que journaux et autres médias nous ont appris à reconnaître : explosions et bombardements. Mais aussi la beauté du dépouillement et l’odeur de marc de café, matériau utilisé sur les murs.

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3. Le Pavillon de Singapour. Zai Kuning
(né à Singapour en 1964 )

Un très beau symbole de l’histoire du pays et de son riche passé maritime et culturel : une immense carcasse de nef en osier tressé, arrêtée dans sa course et dont les cordages sont retenus au sol par le poids de livres protégés par une gangue de paraffine.

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4. Dans le Pavillon International : Cyprian Mureçan
( né en Roumanie en 1977 ) : de très beaux dessins où par un recouvrement compulsif et réjouissant de tracés très habiles CM questionne les tableaux de maîtres, dans un désir double, semble-t-il : hommage et appropriation critique.

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5. Stephen Chambers. Grande Bretagne.
The court of Redonda au Musée Ca’Dandolo.

Une île imaginaire dans les Caraïbes, une population tout aussi imaginaire mais surtout une peinture figurative très élégante et personnelle.

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Dans la 2° catégorie :

37 : Dirck Braeckmann
38 : Nadine Hattom et Sakar Sleman
39 : Wong Cheng Pou
40 Geta Bratescu
41 : Shirin Neshat
42 : Zad Moultaka

41. Dirk Braeckmam. Venise 17.

 Dirk Braekman . Pavillon de la Belgique

Dirk Braeckman est un photographe belge né en 1958, qui vit et travaille à Gand.
Ses œuvres, pour la plupart des photographies, sont en noir et blanc. Reconnaissables par l’ambiguité qu’elles entretiennent entre abstraction et figuration, et par leur absence totale d’anecdote.

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Le travail photographique de Dirk  Braeckam teste les limites de la photographie analogique. Il nous présente des images où l’accommodation sur le sujet choisi ne se révèle que peu à peu.

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Nous baignons pourtant dans un monde familier , mais les plans très rapprochés, la prise de vue inhabituelle, et toutes les manipulations que l’on devine très poussées pendant le développement en chambre noire, nous entraînent dans un monde silencieux, secret, reposant qui s’adresse moins à notre interprétation d’un fait extérieur  qu’à notre expérience personnelle et intime.

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40. N.Hattom + S.Sleman .Venise 17.

« Archaic ». Pavillon de l’Irak.

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A l’entrée une très longue vitrine présente de tous petits objets de l’époque néolithique (en terre, pierre sculptée, métal ou verre; des objets usuels , des jouets, des ocarinas, des sceaux-cylindres, des déesses de la fécondité . Ils témoignent des préoccupations humaines d’alors,  dans cette région : l’eau, la terre, la chasse, l’écriture, la musique, les dieux, la frontière, les conflits et l’exode. Neuf thèmes pour neuf artistes.
J’en retiendrai 2, les deux femmes du groupe ( ce qui me semble important vu le pays considéré)  et parce que leur travail est tourné vers un futur positif.

Nadine HATTOM ( née en 1980 à Bagdad. Vit et travaille à Berlin)

Appartenant à la communauté mandéenne, groupe ethnique religieux du sud de la Mésopotamie, elle cherche une identité, des racines, des souvenirs, dans les incessants déplacements d’un groupe condamné à un perpétuel exil. Elle s’exprime par montages photographiques , de courts textes et parfois des ajouts d’objets.
Elle ne parle en fait que de construction possible de la  personne, même dans et par l’errance.

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Le texte de la photo dit  : « 1957,Halfayed, Iraq. Voici notre grand-mère portant notre oncle Saad (âgé de 1 an) près de notre oncle Nazar ( âgé de 7 ans) dans notre hutte de terre. Saad était si beau et si blond que nous l’avions bâptisé « Kennedy ». C’est notre grand-père qui a pris cette  vue avec son appareil photo » .
Bien sûr, il n’y a personne sur la photo en noir et blanc.

 

Sakar SLEMAN , née en 1979 , est kurde . Elle vit en Irak à Sulaymaniya

Inspirée par le Land Art,  ses interventions prennent la forme de grands signes spiralés, posés sur le sol. Utilisant des briques blanches et pures,  portant parfois  les noms de femmes Kurdes et Yazidis violées ou torturées, elle installe à flanc de colline des cercles, des croissants de lune, des serpents se mordant la queue, symboles du cycle menstruel et de la fécondité de la Terre.
Elle ne parle que de l’évidente Renaissance.


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Un extrait du texte d’introduction  du catalogue :

« Archaic c’est l’état de l’Irak d’aujourd’hui, dans ses institutions vieillotes, son isolationnisme bureaucratique, et ses institutions culturelles dilapidées.
Archaic c’est le pays si enchâssé dans ses artefacts archéologiques qu’il n’est même plus capable de protéger ou d’endiguer les attaques de ses cent mille sites.
Archaic c’est la vision occidentale de l’ »autre », celle d’un pays dévasté par la guerre,  qu’il est plus facile de voir ainsi  qu’autrement :
Archaic c’est l’approche des arts visuels avec d’un côté l’accablant héritage du passé , de l’autre l’extrême pauvreté du présent… « 

« La route vers l’Archaïque » (extrait par T Chalabi- Liban et P Colombo- Turquie, organisateurs)

39. Wong Cheng Pou . Venise 17.

« A Bonsaï of my dream » . Pavillon de Macao 

Accueillis dès le perron par un cochon souriant, yeux fermés, rempli de souillures et à la morphologie très éloignée des standards occidentaux, on pressent avec plaisir que l’on va cette fois voyager dans une culture et un parti-pris plastique éloignés des nôtres.

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Le  bonsaï , espace  miniaturisé,  symbole  de  paix et d’harmonie entre l’homme et la nature dans la Chine ancienne,  aidait les moines dans leur méditation . Le bonsaï  de Pou c’est sa méditation sur un monde qui n’est plus.  Le sien, celui de son enfance.  Qu’il rend moins cruel à ses yeux et aux nôtres  par le truchement de la fable et du merveilleux.
Des petits personnages mi-hommes, mi-dieux,  clownesques et souriants s’activent à des travaux ancestraux, bizarrement vêtus, traversant les cloisons,  sculptures blanches et lisses…

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D’autres, de taille inférieure, petits monstres rêveurs de contes … à deux têtes,… sans buste,… visages  endormis, dotés d’un bec, nous regardent entrer…

 

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Figures que l’on retrouve aussi sur papier glacé, s’effaçant lentement, photos-peintures vieillies, mangées par le temps. Peu ou pas de couleur , c’est le monde des songes.

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Deux très longues bandes jaune  verdâtre, acide et fluorescent , apportent la seule couleur et la seule lumière de la pièce, irréelle et quasi insupportable.

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Mais aussi deux  éléments bien réels dont la symbolique n’apparait pas d’emblée : un petit tas de terre dans un angle et un filet de pêche jeté sur un des petits monstres, dans l’angle opposé, tous deux aussi incongrus qu’inutiles . La paysannerie, la pêche. Un monde disparu.

38. Geta Brătescu . Venise 17.

Geta Brătescu. Pavillon de la Roumanie

Artiste roumaine,  Geta Brătescu est née à Ploiești en 1926.  Elle est la grande représentante de l’art conceptuel en Roumanie.
Agée aujourd’hui de 91 ans, elle est enfin reconnue et exposée en Europe et aux USA.
Jusqu’à la chute de Ceaucescu , sans être une opposante active, elle s’est tenue à l’écart de la scène artistique, travaillant, recevant, montrant , exposant et enseignant dans son atelier.

 

Roumanie 3:500Roumanie 3B-500En 65 , elle réalise la série de lithographies sur « Mère Courage » 33,7/37 cm

De 75 à 78 , «  Mémoires », 7 dessins aquarelle sur papier 44/56 chacun :

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Son travail témoigne d’une expérimentation constante ( dessins, collages, gravure, tapisserie, assemblages, films , photographie expérimentale, videos, performances… ), et de procédés infinis, avant tout dans l’acte de dessiner… yeux fermés, sans relever le crayon, avec papiers découpés aux ciseaux… Ses supports et matériaux eux aussi toujours renouvelés.

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« Mères ». 1997. Collage , tempera et encre 104,5/76

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1997.  » Apparitions ». Série de 6 dessins aux encres sur papier parchemin 52/42 cm :

 

37. Shirin Neshat. Venise 17.

Shirin Neshat. Musée Correr 

Internationalement reconnue, habituée de Venise qui l’a primée et distinguée plusieurs fois, Shhirin Neshat  présente cette année au Musée Correr deux oeuvres liées.

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- « The Home of my Eyes » est une série d’environ 30 très grandes photographies réparties sur 3 murs d’une des salles du Musée : portraits d’Azerbaïdjanais de tous âges qui pourraient composer la population d’un village. Tous sont en plan rapproché, mains jointes en signe de prière comme l’étaient les adorants de Mari dans la Mésopotamie des origines mais comme peut l’être aussi le geste de bienvenue et d’accueil  dans l’Orient d’aujourd’hui.

En s’approchant de ces très grandes images, on constate que tout ce qui est dénudé dans chaque individu, visage, bras, mains… est recouvert de très fines lignes d’écritures en langue farsi.

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- Faisant suite à cette présentation, dans la pièce suivante, une vidéo (« Roja » )   raconte de façon plus personnelle la nostalgie du pays perdu et surtout le désir d’un être cher . Symboliquement deux femmes : une jeune, une autre qui pourrait être la mère. Entre elles une immense mare au pourtour boueux dans une cuvette entre deux collines. Chacune descend et s’avance avec difficulté vers l’autre. Quand elles semblent sur le point de se rejoindre, la photo se déforme, un gros plan sur la plus âgée  la dévoile déformée et effrayante, et lorsqu’elle atteint « sa fille » elle la repousse violemment loin d’elle… et repart d’où elle est venue.

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Shirin Neshat est née en Iran en 1957 dans une famille aisée occidentalisée, elle a pu faire des études d’art à Los Angeles, San Francisco, puis New York où elle s’installe.
Cinéaste , vidéaste, et photographe, ses sujets privilégient le fossé entre  ses deux cultures et le statut de la femme dans l’islam contemporain.
Son travail se caractérise par l’utilisation à peu près exclusive du noir et blanc, toujours très contrastés et par des installations où sont confrontées vidéos et photos, ou films mis en opposition sur deux écrans juxtaposés.

36. Zad Moultaka. Venise 17.

« Shamash, soleil noir soleil » . Pavillon du Liban

Zad Moultaka  a réalisé  « Shamash soleil noir » pour la Biennale de Venise 2017;  Shamash,  chez les premiers babyloniens était le dieu du soleil et de la Justice. Il était de ce fait le plus adoré à Ur.

Les visiteurs sont conduits dans le noir jusqu’à des bancs . On voit très peu l’espace mais on le devine très grand et très haut.
Des voix se mettent à psalmodier, peu, un peu plus, arrêts, reprises, très beau chant polyphonique, prières…
De faibles rais lumineux verticaux apparaissent formant sur les côtés une double haie qui s’étire vers le lointain comme si deux rangées de prêtres se parlaient, se répondaient… Les chants s’arrêtent, les voix chuchotent, parlent, reprennent…

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Des ombres se dessinent.On devine peu à peu une bizarre géographie sur le mur, dorée, et comme un plan de ville. Peut-être celui d’Ur, vu de la ziggourat.

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Une ombre nouvelle, de forme oblongue, monte en intensité devant ce mur lumineux, de plus en plus nettement,  une sorte de statue du dieu Shamash sans doute puisque c’est le titre de l’oeuvre… Les voix s’enflent, emplissent l’espace et subitement  un coup de tonnerre , énorme… et le silence.

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L’espace s’est éclairé crûment : la pseudo statue est un engin militaire métallique rempli de boulons et de tuyaux ( un moteur de bombardier dira le dépliant) se détachant sur un mur constellé de pièces de monnaie.

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Puis tout redevient noir peu à peu. Alors une voix d’enfant s’élève et récite « Les Lamentations sur les ruines d’Ur » ( dira aussi le dépliant).

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Soleil …Noir en effet : le dieu était celui de l’argent, de la guerre et de la mort.

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Zad Moultaka, Libanais, né en 1967, est compositeur et plasticien.
Chassé par la guerre, il s’installe à Paris où il travaille notamment avec l’IRCAM. Il participe aux plus grandes manifestations …Beyrouth… Dubaï …Venise. Pour  la France ,  en 2017… Institut du Monde Arabe et Nuit Blanche à Paris.
Depuis 2011, il jette des ponts constants entre les cultures Orientale et Occidentale et entre les genres Musique et Arts Plastiques.Il est aujourd’hui avant tout sollicité pour ses Installations sonores et visuelles.

35 – De beaux échanges

 

Février 2017

Lors d’un voyage-repérages pour une future exposition à Calatayud , je profite du temps libre pour visiter le  musée municipal qui présente des restes de son riche passé : celui de l’ancienne Bilbilis  romaine.
A l’étage,  une exposition temporaire très étonnante et réussie.  Intitulée « Monde parallèles 3 », elle témoigne d’une démarche généralement peu valorisée et – encore moins- présentée dans ce type de lieu : le travail plastique des pensionnaires « minusvalidos » du centre  Amibil .


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C’est un parcours passionnant, à échelle humaine, affectif et  poétique des monuments remarquables de la ville ou de certains de ses éléments architecturaux.  De beaux partis pris  et trouvailles et une grande maitrise des techniques  même si  l’investissement du personnel d’encadrement est évident.

 

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Mars 2017

Déroulement de mon exposition « Cuidar » à l’Aula San  Benito . Elle se compose de trois espaces liés  consacrés à la naissance et à la mort, à la douceur et à la violence, à la beauté et au chaos,  par le biais , entre autres, de nids et d’oeufs de la série des Tyranoptères. cf. mon site :
https://danielle-chevalier.fr/tyranopteres/

Avril 2017

Retour à Calatayud pour le décrochage de  mon exposition. Un petit cadeau « précieux » m’attend : une boîte d’oeufs au contenu émouvant : des « oeufs » découpés dans du carton . Sur chacun des remarques, des signatures, des remerciements, des dessins réalisés par les résidents  d’ Amibil et qui témoignent  de leur passage, de leur regard, de leur   émotion, de leur inspiration.


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Sans le savoir de part et d’autre, chacun a  offert son travail à l’autre.
Leurs goûts vont surtout vers mes « nids-oeufs » et les ruines de Belchite.

Alors je choisis celui de mes nids que j’ai toujours préféré et le leur fais parvenir avec une lettre  évoquant ma visite en février à leur exposition « Mondes Parallèles »

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Mai 2017

Quelque temps plus tard je reçois en remerciements, et jointe à la lettre du directeur, une des créations de leur exposition . Elle est de José Antonio Morte Norvíon.

 

 

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