34 – Art et Psychiatrie

Le  musée  de la psychiatrie du docteur Guislain

Situé à la périphérie de Gand, il occupe une partie des bâtiments de l’hôpital psychiatrique éponyme, le plus ancien asile d’aliénés de Belgique, datant de1857 .(Jozef Guislainstraat 43. B 9000 Gent).  Il se compose de trois secteurs également passionnants :
- un musée de l’histoire de la psychiatrie
- une collection internationale d’art outsider
- un département dédié à des expositions temporaires

34a – Le musée de l’histoire de la psychiatrie…

… est une traversée de l’histoire des interventions et soins apportés aux malades mentaux, de la trépanation et de l’exorcisme jusqu’à l’époque moderne aux pratiques plus « humaines »

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Son intérêt est double
- Le visiteur parcourt les lieux mêmes, reconstitués minutieusement et dans une traversée évolutive des chambres, espaces de vie et salles de soins.
- Le contenu des pièces, présenté sans tabous, est très documenté : machines pour électrochocs, mobilier de bains, matériel médical de contention, protections, lavements, injections,  photos d’époque, textes et évolution de l’ imagerie médicale.

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On nous présente même la machine à découper le cerveau créée par le professeur De Wulf.

 

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34b – Collection internationale d’Art Outsider.

La collection, commencée avec les productions des seuls patients de l’hôpital Guislain, a, depuis 2002, acquis une importance internationale en accueillant la collection De Stadshof qui va de l’art naïf à l’art brut et contient plus de 6000 œuvres produites par près de 400 artistes.

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Saï Kijima - 2009 – Collection De Stadshof

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Johnson Weree, réfugié liberien. Vit et travaille aux Pays-Bas . Crayons de couleur et stylo gel-feutres. 1970.

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Hans Scholze. Java Indonésie.1933 Pays-Bas.1993. Architecte d’intérieur; créations spontanées de type écriture automatique.

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Jeroen Pomp. Pays-Bas. 1985. Autiste. Dessine en perspective cavalière et avec crayons de couleur animaux, végétaux, paysages urbains et autoroutiers mêlés.

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Théa Gérard. Jakarta -La Haye , femme d’artiste peintre connu. Mélancolique et recherchant la solitude. Peint surtout des portraits et réalise des marionnettes en bois.

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Hans Langner. Karlsruhe. 1964. Formation théâtrale. Dépressif. Récupère des objets de rebut pour les transformer en personnages généralement de type « oiseaux ». Lui se qualifie de « Birdman ». Cet ensemble se compose de 2000 objets.

34c – Département  des expositions temporaires

« Chambres obscures » - exposition temporaire de 2015 –  nous montre à l’aide d’un nombre très important et varié de créations, la fascination exercée sur les artistes par la mélancolie et la dépression, et comment chacun s’empare  du sujet en fonction de son implication personnelle ( du spleen passager et diffus jusqu’à la morbidité ).
Outre l’intérêt des oeuvres , il faut saluer les organisateurs pour deux soucis rares :
- les productions contemporaines -majoritaires- voisinent avec des créations d’époques antérieures quand celles-ci éclairent le propos.
- et une scénographie habile crée des rapprochements,  joue  sur les  vides et autres astuces d’accrochage pour provoquer réflexion,  prise de conscience de la multiplicité des points de vue face aux comportements humains, donc prise de conscience de l’AUTRE

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Artiste inconnu. Dessin plume et encre sépia

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Thierry de Cordier. Seaberg. 2011. Huile sur toile
Tinus Vermersch. sans titre, 2013, tempera sur papier.

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Jean Marc Bustamante. “Lumière 19.93”. Photo sur verre éloigné de 5 cm du support.

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Patrick Van Caeckenberg 2010, Extrait de la magnifique série de dessins de vieux arbres. Plume. Encre de chine.

 

33 . Les Jardins d’Erasme

Le jardin des Maladies.

En 1521, Érasme passe cinq mois à Anderlecht, près de Bruxelles, chez son ami le chanoine Pierre Wichmans.
Aujourd’hui le bâtiment baptisé « maison d’Erasme » est transformé en musée. Livres anciens et objets d’art nous transportent dans le monde intellectuel de la Réforme.

Mais l’intérêt du lieu réside essentiellement dans l’aménagement de deux jardins contigus nous renvoyant avec poésie, humour et tendresse à la personne même d’Erasme ( corps et esprit) :
Le jardin des maladies d’Erasme et Le jardin philosophique.

 

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Le jardin des maladies d’ Erasme, conçu à l’aide de plusieurs lettres–diagnostiques de ses médecins, présente un portrait « botanique »  de l’écrivain, à travers 100 plantes utilisées pour le soigner soit de son hypocondrie soit de maux réels tels que peste, calculs au rein, dysenterie, maux de tête, etc…

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La potentille rampante -> la goutte – La pivoine officinale -> la diarrhée – Le houblon  -> excès de bière et de vin.

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Le citronnier -> anti vomitif – La marguerite ->  purgatif (ventre noué) -La verveine sauvage ->  céphalées — Le mors du diable ->  la peste.

Le Jardin Philosophique

Le Jardin philosophique est lui aussi un portrait, mais cette fois de l’intellectuel humaniste. Outre des massifs, non plus carrés, mais en forme de feuilles symbolisant l’essence d’arbre la plus fréquente dans chaque pays visité et contenant les plantes caractéristiques du même pays, l’espace a été investi par quatre artistes invités. Chacun a créé une oeuvre en lien avec les pensées ou les écrits d’Erasme.

« Les larmes du ciel »  .  Marie Jo Lafontaine

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Ubi amici, ibi opes (« Là où sont les amis, là est la richesse »)

« Les larmes du ciel » sont matérialisées par 7 bassins remplis d’une eau / miroir grâce à un fond plat recouvert de gravier sombre. Dans chacun,  sous la surface de l’eau, on peut lire une phrase latine ( extraite du livre d’Erasme « Adages ») . Les lettres fragiles, en métal, se mêlent aux reflets des arbres et du ciel incluant le visiteur dans ce dispositif poétique.

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Aut regem, aut fatuum nasci oportere (« Il faut naître ou roi ou bouffon »)

adage 32

Difficilia quæ pulchra (« Les belles choses sont difficiles »)

Les « Loci  » .  Catherine Beaugrand

Les Loci sont des espaces (sculptures) de taille modeste dispersés dans le jardin , chaque « locus » proposant un arrêt réflexif lié au dispositif particulier qui le compose et que l’artiste nomme « genius loci » (génie du lieu).


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« Cambra » . Perejaume

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« Cambra » est une ébauche de gloriette destinée à faire ressentir «physiquement» l’opposition  Ciel / Terre. A cet effet la« boîte », faite pour un corps debout, est exiguë  et haute, avec une entrée étroite. Entièrement composée de lentilles oculaires et de morceaux de verre à vitrail, elle déforme  totalement la vision du monde terrestre, mais dans le même temps s’ouvre sur le ciel.

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Ce travail renvoie au lieu de quarantaine décrit par Erasme dans « Le banquet religieux

« Volcan de vie ». Bob Verschueren

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Au centre du jardin, Bob Verschueren a installé son « volcan de vie » .
Une excavation douce, à deux niveaux circulaires tapissés de tuf, nous invite à la pénétrer pour une sorte de purification initiatique :  en son centre, une souche de hêtre remplie d’une eau vive qui  s’écoule lentement en colonisant peu à peu des mousses.

Musée de la Maison d’Erasme .  Rue du châpitre 31 Kapittelstraat. Bruxelles 1070

32 – Points de vue

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Dans «le Monde » du 3 novembre 2016, un article -illustré par l’image ci-dessus-, nous apprend que le Louvre-Lens propose une suite à ma modeste exposition « Anthroposcènes » !

L’exposition intitulée « L’histoire commence en Mésopotamie », s’est donné pour mission de démontrer à nous , « grand public, qui ne savons même pas situer l’Irak...» ( ! ) tout ce que nous devons à la Mésopotamie.
Pour illustrer le propos, 5000 tablettes d’argile et 400 objets trouvés dans ce « Jardin d’Eden » entre Tigre et Euphrate, choisis pour aller « au plus simple et au plus juste »… toujours pour ce même « grand public » une nouvelle fois cité, et qui nous parlent d’écriture évidemment, mais aussi d’architecture, de mathématiques, de l’année de douze mois, de la roue… et de bien d’autres merveilles…( dont je doute fort que le « grand public » qui fréquente ce type d’exposition soit si ignorant )

Cet article pose problème dans la mesure où  cette exposition – qui se voudrait pourtant didactique – semble présenter une Mésopotamie sérieusement tronquée  en contre-exemple d’un Irak d’aujourd’hui en proie à la barbarie, aux horreurs et aux pillages de l’EI ( mentionné par deux fois lui aussi ).

Faire un peu moins « simple » mais un peu plus « juste », par respect du public ciblé qui  n’a pas à être « enchanté »,  aurait consisté à ne pas trier dans les pièces exposées ni dans les textes traduits.

Qu’aurait-on alors « appris » des restes archéologiques trouvés dans ce « Jardin d’Eden »:   … les conflits incessants, la soif effrénée de conquêtes, la barbarie, les massacres de masse, les machines de guerre, les armes,  les corps amputés, décapités, pelés, les villes anéanties, les incendies, les pillages, tout cela écrit, gravé, sculpté pour emplir des bibliothèques et orner des palais servant la vantardise de potentats sanguinaires tuant pour un Dieu, au nom d’un Dieu, avec l’aide d’un Dieu, celui dont ils avaient choisi d’être l’émanation sur Terre.

Manquent, nous dit-on, les pièces « intransportables » comme les bas-reliefs. Ne serait-ce pas plutôt les pièces dérangeantes en regard du propos choisi ?
Les dits bas-reliefs arrachés au  palais de Khorsabad pour lequel ils étaient faits ont bien pu en d’autres temps être transportés jusqu’au Louvre, de même que ceux de Ninive au British Muséeum, de même que ceux de Babylone au Pergamon de Berlin, de même que… etc… etc…
Et d’ailleurs … pour quoi l’ont-ils été ?
Même si les multiples raisons d’attenter à l’intégrité d’un patrimoine archéologique ne peuvent pas être mises sur le même plan, on sait bien qu’une architecture démantelée, un ensemble urbanistique dilapidé, privé de ses éléments les plus signifiants, ne transmettra plus d’informations dignes de mémoire.

Que ces éléments épars dans des musées vivent d’une autre vie grâce à leur force plastique est un autre sujet.

Pour ceux qui auraient vu l’exposition « Anthroposcènes« … et pour ceux qui auraient souhaité la voir, pour ceux aussi qui ne comprennent pas les raisons de ce 32° blog, les 3 nouvelles pièces non encore présentes dans mon site, dont « Voyage 66″, le sont  désormais  à  : https://danielle-chevalier.fr/actualite/
   Une vidéo de l’exposition est en préparation.

31 – Nancy Spero

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Le Codex Artaud -71-72

Le Codex Artaud réalisé en 71-72 est un ensemble très important de 39 rouleaux de papiers fragiles, froissés, de couleur écrue, présentés ici déroulés et dans de longs et étroits cadres à la mesure de chacun.
Dès l’entrée l’installation et son contenu nous renvoient aux tombeaux égyptiens et aux livres des morts.
La disposition aléatoire des cadres les uns par rapport aux autres, leurs dimensions variables, les uns horizontaux, d’autres verticaux, les sens différents de lecture : lignes de textes dans diverses directions, se chevauchant, coupées ,   lettres plus ou moins grosses,   formes humaines étirées , déformées,   dessin rapide et grossier, alternance couleurs- noir/blanc…,  tout concourt à perturber et par là même à renforcer le tumulte interieur de l’écrivain.

 

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 L’immense salle, carrée et presque vide, mais occupée sur ses quatre murs, oblige à des déplacements et nous met  dans la peau d’un archéologue qui ne découvrirait que quelques fragments et ne déchiffrerait que des bribes. Elle nous oblige à  « tourner en rond » dans ce grand vide, et à éprouver la sensation particulière d’enfermement et d’égarement qui était celle d’Artaud.

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Nancy Spero, née en 1926 et décédée en 2010,  a laissé  une oeuvre austère, complexe, dérangeante.  Elle a toujours exploré de nouveaux procédés graphiques, privilégiant les collages, déchirures, froissages, matériaux pauvres et bruts , leur violence immédiate traduisant son total engagement politique et ses luttes contre l’ordre social et les violences de tous ordres.
Le Codex Artaud fait partie de l’exposition  » Slip of the tongue » à la Dogana di mare. Venise 2015

30 – Cy Twombly

Venise 2015. Une grande rétrospective de l’oeuvre de Cy Twombly « Paradise »  est présentée à la Ca Pesaro jusqu’au 13 septembre.

Chez Twombly j’aimais à peu près tout, les gribouillages, les graffitis, les mots griffonnés, les peintures brouillonnes et effacées ou maculées, les coulures, les noms qui renvoyaient aux héros grecs et dieux de l’Olympe, les sculptures faussement « bricolées », les formats immenses… et il y a tout cela à la Ca Pesaro… mais il y a aussi une série d’un genre que je ne connaissais pas, plus intimiste peut-être, moins « à la Twombly », une série qui semblait juste témoigner d’un pur bonheur d’exister, c’est du moins ce que j’y ai vu, et c’est cette série que j’ai choisi de montrer.

 

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Gaeta set VIII – 1986 –  Acrylique sur papier

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Il y a aussi, dans le cadre de la Biennale,  le travail de Federica Marangoni, « inratable » de nuit puisqu’il illumine le Grand Canal d’une immense bobine de néon rouge sang , et qui se poursuit à l’intérieur, en forme de supplique : l’arrêt de toutes les violences infligées . C’est le thème récurrent de la biennale mais cette artiste le présente avec des procédés plastiques intéressants.

29 – Rosana Palazyan

Le « pavillon » de la diaspora arménienne : « Armenity », représenté par 18 artistes, a été très logiquement accueilli sur l’Ile San Lazzaro degli Armeni.  Il a reçu la récompense suprême : le Lion d’or.

Le travail le plus remarquable et le plus émouvant, mais aussi le plus modeste, est celui de Rosana Palazyan. Sa première création est une vidéo intitulée « Una história que nunca mais esqueci ». L’artiste, en partant de l’histoire d’une seule famille – la sienne – et peu importe qu’elle soit réelle ou approchée – nous plonge sans mièvrerie ni mélo dans le drame global d’un peuple qui a dû fuir. Non seulement elle ne dévie jamais de la sphère intime, mais elle choisit des outils et matériaux dérisoires et magnifiquement adaptés : ceux de l’errance et de la précarité, ceux que l’on pourrait emporter avec soi.
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Una historia que nunca mais esqueci… ( A story I never forgot )

Les images défilent dans le rond d’une petite lumière vacillante  sur un large espace d’ombre : le fond d’une tasse à café où des grains de marc se seraient rassemblés pour dessiner toute une file en marche, endiguée par des policiers armés, des tâches de café sur un morceau de tissu, des corps emmêlés ou un homme pendu sculptés dans un fond de pâte à tarte ou dans de la mie de pain, un bateau en papier qui bouge sur quelques traits de crayon bleu, et surtout, sur des petits mouchoirs brodés, les menus événements de l’installation dans le pays d’accueil – le Brésil – où la grand-mère de l’artiste enseignait la couture : scènes de  mariages, naissances, vieillesse…

Porque Daninhas ? ( Why Weeds ? )

La deuxième oeuvre de Palazyan est aussi émouvante et occupe le pourtour du jardin du cloître: des planches d’un grand herbier qui présenterait toutes les mauvaises herbes du jardin, celles dont on doit se débarrasser. La plante est une réelle plante séchée mais ses racines sont en cheveux- ceux de l’artiste, qui a une longue chevelure noire -. Brodés sous la plante,  ils la nomment et donnent ses caractéristiques de nuisible.

28 – Magdalena Abakanowicz


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  »Crowd and individual »

Saisissement en entrant dans l’espace très sombre où Magdalena Abakanovicz a  installé ses sculptures de toile de jute raidies par des boues rouges. Une foule en marche, venue du fond des âges, sorte d’archétype de ces humains que nous croisons au long de notre existence. Adultes ou enfants, décidés, projetés en avant ou  arrêtés dans leur course. Des coques vides, des demi-coques même,  parfois tournées vers nous : ceux que nous croisons , parfois  inversées : ceux que nous suivons, doublerons,  sans nous retourner pour voir leur visages; des coques entières aussi , tantôt sans tête- ceux avec qui nous avons échangé trop peu pour garder le souvenir d’un visage, d’un mot,  d’autres enfin avec leur tête et même,  parfois, des expressions, et on tente de découvrir une personnalité, une intention de l’artiste, une attention particulière portée à chacun.
Et cette foule, on ne le voit qu’après coup, avance vers une seule forme, opposée, placée près de l’entrée, mais positionnée comme nous l’étions, lorsque nous sommes entrés, et qui pourrait être chacun de nous… forme ramassée sur elle-même, ne ressemblant à rien de connu, mi-animale, mi-humaine, ni vraiment effrayante ni pour autant rassurante… juste inconnue et à déchiffrer.

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Magdalena Abakanovicz , née en 1930 près de Varsovie, est une artiste polonaise . Elle expose les 101 figures de « Crowd and Individual » salle Carnelutti. Fondation Giorgio Cini. Ile de San Giorgio Maggiore. Biennale de Venise 2015.

L’île de San Giorgio regorge de belles trouvailles : deux oeuvres de Jaume Plensa, une monumentale et légère dans l’église, une autre  dans un espace très proche de « Crowd and Individual », présentée comme un pendant inversé:  une étonnante file de têtes de fillettes en marbre blanc.
Plus à l’Est de l’ïle une exposition d’objets finlandais en verre, et, dans un espace en plein air de type jardin japonais, le « salon de thé Mondrian » d’ Hiroschi Sugimoto.

 

27 – Herman de Vries

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All ways to be to be ways

Dès l’entrée dans le pavillon hollandais,  on est happé par les magestueuses graminées présentées dans des boites-cadres face à nous et par l’odeur entêtante du cercle impressionnant posé au sol et constitué d’une multitude de boutons de roses séchées.
Plus loin des troncs noirs de bois calciné, des fragments de minéraux présentés comme de fragiles sculptures au sommet de longs socles de bois les rapprochant de notre regard, un immense nuancier de poudres d’ocres…

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Herman de Vries conjugue constamment l’effacement de soi, dans le seul souci de présenter la Nature dans sa  pureté originelle, et le grandiose  dans les moyens qu’il met en oeuvre pour y parvenir. A l’opposé des Land’artistes, il ne cherche pas à intervenir sur le milieu naturel ni à y laisser sa trace. Il se contente d’une collecte besogneuse et exhaustive de tous types d’éléments qui composent et spécifient un lieu . Une sorte de biotope. Et ce cabinet géant de  naturaliste crée un espace de lumière, de paix et de beauté.
Peut-être aussi de recueillement.
Dans un deuxième temps  on s’approche d’un mur plus complexe et moins évident. Il est entièrement recouvert  d’une multitude de cadres identiques présentant une quantité impressionnante de très petits éléments regroupés par thème, couleurs, formes ou tous types de qualités autorisant le  rapprochement. On comprend alors seulement   qu’il s’agit de la lagune de Venise et de collectes dans ses diverses îles.

…  feuilles, algues, écorces, bois flottés, graines,  épines, racines, galets, cailloux, sable, os, coquiles et coquillages, plumes, … mais aussi, car il n’est pas naïf, fragments de poteries, bouts de verres regroupés par couleurs ou en mélanges subtils, cordages salis par le goudron, éléments métalliques agressifs, pointes et clous, bouts de filets de pêche, vieux plastiques déchirés…
Bien sûr  on peut y lire la grande industrie des verriers de Murano, l’intense trafic maritime… mais tout est présenté déchiqueté, digéré par une Nature finalement toute puissante qui avale, transforme et dégorge en petits tronçons magnifiques et précieux.
Tout cet archivage est organisé avec  soin, poésie et respect. A chaque planche on sent l’attention portée aux regroupements et organisations mais bien plus le plaisir enfantin de l’appropriation de petits trésors et le goût de la relique.
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La place de l’homme dans ce grand tout est cependant pointée telle que la conçoit de Vries : une photo de lui, nu, accroupi au bord d’un torrent de montagne et un rectangle au sol où est présentée une collection de l’outil d’avant l’industrialisation: la faucille.

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Herman de Vries expose  également au L.A.C  ( Lieu d’Art Contemporain ) de Sigean un ensemble d’oeuvres qu’il nomme ‘L’Art Zéro ».
L’exposition est visible jusqu’au 13 septembre, tous les après-midi – sauf  le mardi – de 15 H à 18 h – et sur RV au 04 68 48 83 62.
L.A.C. Hameau du Lac – 1 Rue de la Berre – 11130 – SIGEAN

 

26 – Biennale de Venise 2015

« La Biennale de Venise 2015 qui a débuté le  9 mai fermera ses portes le 22 novembre. Elle est  , me semble-t-il,  la plus importante de toutes en lieux d’expositions et artistes présentés.  Une semaine ne peut y suffire. Elle est aussi celle qui m’a procuré le plus d’émotions et de satisfactions.

De façon générale, si,  pour cette 56° Biennale,  dominent comme toujours  les sujets liés aux désordres mondiaux et aux atrocités infligées par certains groupes humains à d’autres, on  trouve un recul et une distance qui  écartent de la chronique journalistique au profit de réelles créations plastiques, souvent très complexes . Je pense aux très intéressants pavillons de la Belgique aux Giardini et de l’Afrique du Sud au 1° étage de l’Artillerie de l’Arsenal.

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 Vincent Meessen pour la direction générale du pavillon Belge : « Personne et les autres »

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Mohan Modisakeng : « Inzilo ». Vidéo muette. 4′

Trois techniques que l’on ne voyait plus guère sont de nouveau très présentes : la peinture (1) ,  le dessin – et même le très beau dessin -(2)  , et différentes formes de cabinets de curiosités ou de présentation de collections (3) . Ci-dessous les exemples les plus frappants.

1- Peter Doig au palazzetto Tito, Georg Baselitz à l’Arsenal,
Adrian Ghenie : « Darwin’s room » au pavillon roumain

2 – Olga Chernysheva- Espace 4 de la Corderie de l’Arsenal

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3 – Fiona Hall  au pavillon australien et Ricardo Brey à l’espace 6 de la Corderie de l’Arsenal.

Egalement beaucoup d’oeuvres où la recherche décomplexée de la beauté est évidente , indépendamment des  problèmes abordés , et dans certains cas une beauté très spectaculaire :

 au pavillon Japonais  l’installation de Chiharu Shiota  

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Dans les pages suivantes … 5 coups de coeur majeurs, mais beaucoup d’autres mériteraient à mes  yeux d’être cités.
Blog 27 :  Herman de Vries : Pavillon Hollandais. Giardini
Blog 28 : Magdalena Abakanowicz . Ile de San Giogio Maggiore
Blog 29 : Rosana Palazyan : Pavillon de l’Arménie. Ile de San Lazzaro degli Eremitani
Blog 30 : Cy Twombly : Ca Pesaro
Blog 31: Nancy Spero : Punta de la Dogana

25 – Vivian Maier

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Vivian Maier, nurse anonyme de son vivant, phénomène médiatique morte.
Entre les deux une découverte : 100 000 négatifs, 700 rouleaux de pellicule couleur, 2 000 rouleaux de pellicule noir et blanc, quantité de films en 8 mm et 16 mm, le tout non développé.
Un film : « A la recherche de Vivian Maier » passe en ce moment sur les écrans, essentiellement dans les salles d’art et d’essais. Un thriller passionnant, émouvant, et perturbant, car le dénouement n’advient pas. Vivian Maier reste une énigme.

Enigme pour ceux qui l’ont côtoyée… sûrement. Ils le disent en tout cas. Plus les témoignages et souvenirs s’enchaînent sur cette femme solitaire et discrète,  plus VM s’échappe et se dérobe.
Enigme pour elle – même encore plus sûrement. En témoigne la quantité impressionnante d’auto-portraits et cette obsession à scruter sa propre image, à interroger son visage en le démultipliant à l’infini dans des jeux de miroirs et de mises en abîme.
Un vague malaise envahit le spectateur, une sorte de mauvaise conscience, éprouvée bien souvent face à la misère affective, à l’extrême solitude et à la dignité qui va avec.

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Les images aujourd’hui révélées font de VM une des plus grandes photographes de « Scènes de la rue » et le désir de chercher qui était la femme s’en trouve exacerbé. Nurse, célibataire, sans famille, sans amis, sans domicile  personnel…
Parmi les autoportraits, certains se réduisent à des ombres portées. Et c’est ici me semble t-il que  s’éclaire un peu de sa personne, par rapprochements de bribes. Ici en effet plus de présence effective.  Au contraire une disparition dans un hors-champ magique et protecteur. Juste une ombre calculée, maîtrisée,  tantôt  envahissant  l’espace, tantôt venant d’un angle inattendu, la tête toujours arrêtée à un  endroit stratégique. Un grand manteau, un chapeau… le justicier ? l’ange du bien ? du mal ? Sorte de toute puissance primitive.  Apparition christique.

- seule dans l’espace du paysage, elle l’envahit, utilise les fuyantes du décor pour se positionner et obliger le regard à glisser toujours vers une zone lumineuse au loin.
Dans un paysage urbain, elle domine la ville , veilleur immobile, ou se superpose à l’ange dans l’affiche d’un film à la mode « Le Ciel peut attendre » ( photo d’origine en couleurs) . Les allusions au cinéma des années 50 sont fréquentes. VM est cultivée et a de l’humour.

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- Quand elle se confronte à un humain, il est désarmé, nu, ridicule : femme bronzant en maillot et bigoudis, maçon penché, fessier boueux exposé,  autre femme relaçant sa chaussure, postérieur là aussi en l’air, bas en tire bouchon .

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C’est dans la relation aux éléments naturels ou aux objets que VM se  livre davantage parce qu’il y a appropriation ou mieux incorporation de l’élément élu.  Elle installe un petit rameau avec feuilles comme  épinglé sur sa poitrine, des feuilles mortes  contre son coeur ou une limule rencontrée sur la grève , bête étrange fréquente dans son pays,   qui vient du fond des âges, contient un sang bleu aux propriétés thérapeutiques exceptionnelles, capables de « sauver l’humanité ».

VM ayant réalisé fort peu de photos animales il est probable qu’elle sait tout cela.

 

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L’ intention est plus troublante et évidemment plus calculée,  quand elle descend de sa poitirine à son ventre pour y loger un contenant cylindrique vide,  muni dans sa partie haute d’ un chapeau convexe  réfléchissant . Ainsi, attiré par cet ensemble clair cerné de blanc, l’oeil bute sur le petit  personnage, reflet d’elle-même… Comment ne pas y voir une idée de gestation, peut-être d’enfantement… mais de qui ou de quoi ? …