Catégorie : PEINDRE ?

47 – A.Ghenie/ L.Tuymans . Biennale 2019.

Adrian Ghenie, au Palais Cini/ Luc Tuymans au Palais Grassi.

La peinture étant devenue chose rare, il faut signaler ces deux expositions de deux grands peintres européens, le premier roumain, le second belge.

Adrian Ghenie occupait à lui seul le Pavillon de la Roumanie aux Giardini lors de la Biennale de 2015. Peu connu alors du public, il avait beaucoup marqué par son expressionnisme, et la luxuriante palette de ses portraits d’Histoire Contemporaine. Il revient au Palais Cini, avec quelques toiles seulement,  mais mérite grandement le détour, ne serait-ce que pour trois portraits, intitulés ironiquement « Sans titre » mais où chacun reconnaîtra l’individu qui fait la Une de tous les médias mondiaux. Voir l’un des trois  ci-dessous :

Les 4 autres tableaux, tout aussi étonnants , sont des « scènes de genre-portraits-paysages », pourrait-on dire, chaque genre se dissolvant dans l’autre par des effets « après-coup »: basculement des plans et glissements de la pâte, d’une surface à une autre. Les couleurs sont saturées et violentes, les textures riches, les contrastes violents…  ce qui entraîne une dramatisation extrême.

 

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Luc Tuymans est à l’opposé d’Adrian Ghenie.
Peintre d’Histoire lui aussi, travaillant d’après photographies comme son collègue, il utilise des moyens très différents pour arriver à la dramatisation :  à l’excessif, il préfère le presque rien.


La tension nait d’une palette très restreinte, de couleurs « délavées », d’une peinture lisse et mate, enlevant vie et actualité aux êtres comme aux événements. Nous sommes projetés dans un monde silencieux et figé.
Les personnages sont peu précis,  leurs expressions indéfinissables, et les scènes sont bien souvent dans des seconds plans.
Cet éloignement du sujet rend le spectateur voyeur malgré lui. Ainsi  nous glissons dans un passé incertain et gênant parce que l’interprétation reste ambiguë. « Quelque chose se passe » ou « s’est passé »… mais quoi ?

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Une oeuvre retient particulièrement l’attention car elle est  extrêmement gênante du fait qu’elle accumule la plupart des critères chers à Tuymans: Indéchiffrable, provocante et dans le même temps élément possible d’un organisme vivant malsain voire maladif , bizarrement répétitif et différent.

Il s’agit de trois yeux de pigeons.


 

43 – Alain Guy Clément au « 401 »

« Voyage dans l’intranquillité »

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Dès l’entrée, on comprend que  le voyage que nous propose Alain Guy Clément sera effectivement  difficile et qu’il faudra abandonner le repos des images complaisantes et des « non-sujets »  convenus.

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La filiation du  tableau sectorisé « Arbre-Nature » de 2008 (cf ci-dessus) avec les grandes compositions religieuses tripartites, issues de notre culture occidentale,  est évidente et nous éclaire d’entrée : nous sommes dans un espace métaphysique  où naissance, vie, mort / paradis, monde terrestre,enfer, vont venir buter sur le questionnement personnel de l’artiste.
Chez Clément, c’est d’un voyage intérieur qu’il s’agit , celui de l’Homme au sein d’un monde terrifiant et imprévisible, d’océans agités, de  ciels d’orage, d’espaces herbeux instables, de grèves remplies de déchets et d’anges en déchéance. L’humain,  solitaire, ballotté par les vagues dans de frêles embarcations, cherche sa route à la croisée de «  chemins qui ne mènent nulle part ».
Le monde  de Clément part à la dérive.

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Cependant, près des arbres majestueux qui emplissent l’espace mouvant alentour, comme pour le stabiliser, des animaux familiers, « veilleurs »  doués d’une intelligence ou d’un sens qui fait défaut à l’homme, observent et réfléchissent. Calmement plantés sur le sol ou échappant à notre pesanteur, chiens, rats, oies ou vaches, cochons, oiseaux… sont là en contrepoids, pour nous ramener sur la rive.

Toute la force des  tableaux de Clément tient dans la technique magistrale, les transparences et recouvrements, la science des rapports de touches et de couleurs: chaque création est une sorte d’ organisme vivant, débarrassé de la bienséante enveloppe, palpitant et se tordant devant nos yeux.
C’est une peinture qu’il faut vivre, affronter en direct..

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evant les toiles de Clément, on pense bien sûr aux premiers Expressionnistes du XX°siècle, et dans son cas , surtout à Munch, Nolde, Ensor ou Kirchner… mais, chez lui, pas de portée politique ou sociale, pas de narration d’un fait ou d’un instant.

On est en Italie du Nord, dans les années 70, les Minimalistes et les Conceptuels ont fait leur temps. Deux mouvements importants occupent  la scène avec un retour  à la Figuration, aux sources mythologiques, et à la peinture métaphysique : la TransAvantGarde et la Figuration Expressive dont Alain Guy Clément est un des membres reconnus.
Aujourd’hui, dans son atelier montalbanais, il perpétue cette tradition picturale essentielle et précieuse, loin du clinquant et de la futilité de  trop de créations contemporaines.

Le jour de l’ouverture , les oeuvres picturales de Clément ont été mises en relation avec des extraits d’oeuvres musicales  et   littéraires :

Jean Cazal a lu des textes de Clément, Dino Buzzatti et Jules Renard, choisis par l’artiste et accompagnés par le violoncelle de Camille Delbreil qui a terminé la soirée en nous offrant un récital Bach, Britten, Cassado.

Caractéristiques des tableaux  présentées dans ce blog :
-« Après le naufrage« .1984 (100/80cm). « La découverte du Monde ». 1988 (150/115 cm)
-« Homme-Nature » blanc – 2008 (150/115cm)
« Homme-Nature » 2 verts- 2008 ( 150/115 cm)
– Série« Réflexion »- 2009 à 2015
Oie : 100/80. Vache :100/88. Chien: 100/80
–  » Autoportrait » . 1997; 54/65 cm

 

 

29 – Cy Twombly – Biennale Venise 15

Venise 2015. Une grande rétrospective de l’oeuvre de Cy Twombly « Paradise »  est présentée à la Ca Pesaro jusqu’au 13 septembre.

Chez Twombly j’aimais à peu près tout, les gribouillages, les graffitis, les mots griffonnés, les peintures brouillonnes et effacées ou maculées, les coulures, les noms qui renvoyaient aux héros grecs et dieux de l’Olympe, les sculptures faussement « bricolées », les formats immenses… et il y a tout cela à la Ca Pesaro… mais il y a aussi une série d’un genre que je ne connaissais pas, plus intimiste peut-être, moins « à la Twombly », une série qui semblait juste témoigner d’un pur bonheur d’exister, c’est du moins ce que j’y ai vu, et c’est cette série que j’ai choisi de montrer.

 

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Gaeta set VIII – 1986 –  Acrylique sur papier

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Il y a aussi, dans le cadre de la Biennale,  le travail de Federica Marangoni, « inratable » de nuit puisqu’il illumine le Grand Canal d’une immense bobine de néon rouge sang , et qui se poursuit à l’intérieur, en forme de supplique : l’arrêt de toutes les violences infligées . C’est le thème récurrent de la biennale mais cette artiste le présente avec des procédés plastiques intéressants.

18 – André Mimiague peintre haïkiste

 

André  Mimiague se définit  comme  peintre haïkiste.
Il nomme ses créations 
« Haïcouleurs » et explique : « Sous le pinceau il me faut de ces constructions incertaines de débris amassés par le vent »

 

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HAÏKU

L’espace qu’ouvre l’unique appel au loin d’une mouette :
Le haïku.
Oui le haïku est espace…
Il fut une époque ( au Japon ) où les haïku se présentaient
comme   instants  de  cheminements  et  ponctuaient  des
récits de voyages.
                                     le haïku
                               un petit caillou
                                  de chemin

Chou-bijou, caillou-haïkou, genou-hibou, joujou-pou.
Micropoème. Poésie cocasse. Poésie-voyage…
P
référer à la prolifération continue hugolienne, l’humour
d
e KiKaKu ! Au bavardage de l’inconscient ayant rompu la
digue, l’énigmatique lueur du lacunaire de la phrase  « qui
cognait à la vitre »  ( Breton ). 
Aux grandes machineries
picturales, le minimalisme du…  HAÏCOULEUR !

HAÏCOULEUR ?

                                   Boue sur buffle
                          ou plaine enchignonnée
                             le pinceau hésitant.

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HaÏcouleur ?
Saisie picturale de la musicalité d’un instant…
Ouverture éclair sur l’immensité intime…
Lumière d’un ailleurs de l’ordinaire…
D’une émotion l’amorce de l’éclosion…
Ce qui dans quelques traces…

 

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Les trois haÏcouleurs présentés ci-dessus sont des peintures acryliques sur toile.
Dimensions 81/65 cm

Les Beaux-Arts de Bordeaux , à partir des  années  60 , ont accueilli quelques étudiants destinés au professorat d’Arts Plastiques et qui, d’une année sur l’autre, dépassaient rarement la douzaine. Admis à préparer cette formation directement « par correspondance » avec la seule école officielle : Claude Bernard à Paris, leurs travaux partaient tous les quinze jours par courriers postaux et revenaient corrigés par le même canal ; ils « montaient » à Paris pour quelques regroupements trimestriels et pour les examens de fin d’année.
Si ces étudiants avaient choisi une option aussi particulière et contraignante c’est qu’elle permettait à chacun de suivre parallèlement, et « à la carte », la formation artistique à laquelle il aspirait . Les avantages subsidiaires étaient la grande émulation créative et les amitiés très fortes liées au petit nombre, obligés qu’ils étaient de se « serrer les coudes » dans l’espace spécifique et intime qui leur était dévolu : quelques loges adjacentes dans les combles.
De ce fait , tous par la suite ont mené de pair professorat et activité créatrice. André Mimiague faisait partie de ce groupe.

C’est là que Parapluycha a vu le jour (voir blog 21b)

André Mimiague est né à Biarritz en 1943. Après la période bordelaise il est nommé à Paris. Il finira sa carrière de professeur à Nice.  Avec sa femme Madeleine, également issue des Beaux-Arts de Bordeaux, ils vont beaucoup voyager dans le Grand Nord, en Chine, en Asie du Sud Est, en Afrique…
Les textes en gris sont de lui.

 

Renvoi vers mon site : www.danielle-chevalier.fr