Catégorie : PHOTO

40 – Dirk Braeckmam. Venise 17.

 Dirk Braekman . Pavillon de la Belgique

Dirk Braeckman est un photographe belge né en 1958, qui vit et travaille à Gand.
Ses œuvres, pour la plupart des photographies, sont en noir et blanc. Reconnaissables par l’ambiguité qu’elles entretiennent entre abstraction et figuration, et par leur absence totale d’anecdote.

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Le travail photographique de Dirk  Braeckam teste les limites de la photographie analogique. Il nous présente des images où l’accommodation sur le sujet choisi ne se révèle que peu à peu.

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Nous baignons pourtant dans un monde familier , mais les plans très rapprochés, la prise de vue inhabituelle, et toutes les manipulations que l’on devine très poussées pendant le développement en chambre noire, nous entraînent dans un monde silencieux, secret, reposant qui s’adresse moins à notre interprétation d’un fait extérieur  qu’à notre expérience personnelle et intime.

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24 – Vivian Maier

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Vivian Maier, nurse anonyme de son vivant, phénomène médiatique morte.
Entre les deux une découverte : 100 000 négatifs, 700 rouleaux de pellicule couleur, 2 000 rouleaux de pellicule noir et blanc, quantité de films en 8 mm et 16 mm, le tout non développé.
Un film : « A la recherche de Vivian Maier » passe en ce moment sur les écrans, essentiellement dans les salles d’art et d’essais. Un thriller passionnant, émouvant, et perturbant, car le dénouement n’advient pas. Vivian Maier reste une énigme.

Enigme pour ceux qui l’ont côtoyée… sûrement. Ils le disent en tout cas. Plus les témoignages et souvenirs s’enchaînent sur cette femme solitaire et discrète,  plus VM s’échappe et se dérobe.
Enigme pour elle – même encore plus sûrement. En témoigne la quantité impressionnante d’auto-portraits et cette obsession à scruter sa propre image, à interroger son visage en le démultipliant à l’infini dans des jeux de miroirs et de mises en abîme.
Un vague malaise envahit le spectateur, une sorte de mauvaise conscience, éprouvée bien souvent face à la misère affective, à l’extrême solitude et à la dignité qui va avec.

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Les images aujourd’hui révélées font de VM une des plus grandes photographes de « Scènes de la rue » et le désir de chercher qui était la femme s’en trouve exacerbé. Nurse, célibataire, sans famille, sans amis, sans domicile  personnel…
Parmi les autoportraits, certains se réduisent à des ombres portées. Et c’est ici me semble t-il que  s’éclaire un peu de sa personne, par rapprochements de bribes. Ici en effet plus de présence effective.  Au contraire une disparition dans un hors-champ magique et protecteur. Juste une ombre calculée, maîtrisée,  tantôt  envahissant  l’espace, tantôt venant d’un angle inattendu, la tête toujours arrêtée à un  endroit stratégique. Un grand manteau, un chapeau… le justicier ? l’ange du bien ? du mal ? Sorte de toute puissance primitive.  Apparition christique.

– seule dans l’espace du paysage, elle l’envahit, utilise les fuyantes du décor pour se positionner et obliger le regard à glisser toujours vers une zone lumineuse au loin.
Dans un paysage urbain, elle domine la ville , veilleur immobile, ou se superpose à l’ange dans l’affiche d’un film à la mode « Le Ciel peut attendre » ( photo d’origine en couleurs) . Les allusions au cinéma des années 50 sont fréquentes. VM est cultivée et a de l’humour.

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– Quand elle se confronte à un humain, il est désarmé, nu, ridicule : femme bronzant en maillot et bigoudis, maçon penché, fessier boueux exposé,  autre femme relaçant sa chaussure, postérieur là aussi en l’air, bas en tire bouchon .

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C’est dans la relation aux éléments naturels ou aux objets que VM se  livre davantage parce qu’il y a appropriation ou mieux incorporation de l’élément élu.  Elle installe un petit rameau avec feuilles comme  épinglé sur sa poitrine, des feuilles mortes  contre son coeur ou une limule rencontrée sur la grève , bête étrange fréquente dans son pays,   qui vient du fond des âges, contient un sang bleu aux propriétés thérapeutiques exceptionnelles, capables de « sauver l’humanité ».

VM ayant réalisé fort peu de photos animales il est probable qu’elle sait tout cela.

 

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L’ intention est plus troublante et évidemment plus calculée,  quand elle descend de sa poitirine à son ventre pour y loger un contenant cylindrique vide,  muni dans sa partie haute d’ un chapeau convexe  réfléchissant . Ainsi, attiré par cet ensemble clair cerné de blanc, l’oeil bute sur le petit  personnage, reflet d’elle-même… Comment ne pas y voir une idée de gestation, peut-être d’enfantement… mais de qui ou de quoi ? …

17 – Danielle Coquoz photographe

  Danielle Coquoz a nommé son blog « Photocipède et Touche à tout ». On n’est donc pas surpris que son travail « parte dans tous les sens »,  manipule librement tous les genres, ne se prenne pas au sérieux et  privilégie l’humour.

Chaque  série évolue  au rythme de ses humeurs et de ses déplacements . Tantôt chronique  sociale, tantôt  billet d’humeur… ou d’humour, parfois envolée surréaliste, recherche plasticienne…  Le plus souvent journal de voyage. Encore que la qualité des images et la teneur des sujets abordés dépassent largement le genre.

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En 2009 une première série (« Signes sur route ») est présentée à Istanbul : des raccords sur sols goudronnés forment d’étranges pictogrammes,  dessinant l’alphabet des effets conjugués des changements atmosphériques et des équipes de travaux publics…
Il semble par ailleurs évident que la figure humaine a le plus souvent influencé la prise et le cadrage. On retrouve la même préoccupation dans deux séries plus récentes : « Paris Bitume » et « Il a neigé sur la lune ? »

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Fenêtres sur Prague

Ce que j’aime  avant tout dans les images de Danielle Coquoz , c’est la charge d’humanité.  Qu’elles soient figuratives ou jouant avec l’abstraction, et même vides de personnages : paysages de nuit, champ, fenêtre, village endormi sous la neige … , l’oeil glissera toujours mentalement vers un « hors-champ » où retrouver l’humain : une lumière allumée, un outil oublié, une ombre, un objet …, des traces d’une activité passée à reconstruire ou d’un futur à imaginer….

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Mais le plus souvent l’humain est bien là, source inépuisable de curiosité . Lui ou ses avatars, une tache, un reflet , un mannequin, une icône…  L’ oeil toujours critique, jamais méchant , va capter  les situations cocasses, les petits et gros travers, que 25 ans passés au CICR,  au coeur de l’horreur et des conflits armés, n’ont pas réussi à oblitérer.

Sans doute  cette expérience a-t-elle apporté la distance utile évitant larmoiement et sensationnel, mais aussi la détermination à présenter tous types de sujets sans hiérarchie dans le traitement.

SurleBateau2Blog: Les TRansat du FerRy (souvenir d’été)

 

Danielle Coquoz travaille à Paris. Son atelier se trouve  dans la jolie cour des Shadocks. Et je  peux affirmer qu’elle en perpétue joliment l’esprit. Pour la série ci-dessus, elle aurait pu prendre à son compte une de leurs citations célèbres :  » Dans la marine, il faut saluer tout ce qui bouge et peindre le reste ».

 

Renvoi vers mon site : www.danielle-chevalier.fr