Archives pour mars 2013

10 – Barbora Blahutova

Tout a commencé en 2005.  Lors d’un passage en France, Barbora m’a offert une petite sculpture en pierre ( 9 / 4 / 3 cm) :  ma maison dans les arbres… m’a-t-elle fait comprendre.
Elle ne parle pas français, je ne parle pas tchèque, nous sommes cependant amies depuis… car s’est alors installé entre nous, et au-delà de l’amitié, un merveilleux partage et de riches échanges liés à nos créations artistiques .

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Barbora Blahutova est tchèque, sculpteur.
Elle est grave, audacieuse et facétieuse. Jeux de mots et d’images, clins d’oeil, sous-entendus, elle mélange les époques, les cultures, elle détourne les matériaux et joue savamment des citations et rappels.

Barbora Blahutova

Accompagnement musical : Erik Satie « Gnossienne n° 5″

Après des études artistiques aux Beaux-Arts de Prague, elle part pour Milan en 1966 grâce à une bourse d’études et suit les cours de Marino Marini à l’Académie de Brera.

Elle expose dès 1968. Ses oeuvres renvoient au Pop’art, à l’Op’Art et surtout à l’Arte Povera. Elle choisit délibérément les matériaux usagés, ou pauvres, les objets de rebut , les déchêts végétaux, minéraux ou industriels. Elle récupère et tranforme des caisses en bois, sculpte des pierres ramassées dans la campagne, moule dans le plâtre emballages ou denrées du congélateur.
Elle devient dans le même temps restauratrice d’oeuvres d’art dans les Musées Nationaux , ce qui l’amènera à des allers-retours entre Allemagne, Italie, et République Tchèque où elle vit actuellement.
En Avril 2012 a lieu à Prague à la galerie Jedne Veci l’exposition B. Blahutova-D. Chevalier

 

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9 – Visite d’été

Dans le jardin de mon amie……
… l’air sent la tisane de thym et la poire trop mûre
… les cailloux de l’allée crissent ou résonnent sous les pas
… dans l’herbe, comme des bulles montant d’un cratère, d’énormes vesses éclatent  en projetant des fumées brunes.

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Dans le jardin de mon amie, on entend parfois des rires, souvent de graves paroles…
… et, accompagnant les silences, le bruissement doux de l’olivier.

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Boîte au format 30/40 cm. Techniques mixtes et éléments naturels.

Cette création n’aurait rien à faire dans ce blog qui  présente désormais des oeuvres extérieures à ma création. J’ai choisi cependant de l’intégrer car elle a été créée pour mon amie Françoise HODDÉ, plasticienne, professeur d’arts plastiques, décédée le 5 février 2013.  C’est ma façon de rendre hommage à celle qui m’a accompagnée , encouragée, et avec qui j’ai tant partagé pendant nos longues années de compagnonnage.

 

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8 – Espace de lumière – Giuseppe Penone

La Whitechapel Gallery de Londres présente « Espace de Lumière« , une oeuvre magnifique de Giuseppe Penone.

D’abord un vide vertigineux de lumière dorée comme une  corne d’abondance sans fin…
… et qui obstrue l’entrée de la pièce.

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Passé cet obstacle étonnant,   un arbre  tronçonné, couché à l’horizontale, reposant à un mètre du sol sur  ses branches coupées , et dont  la taille impressionnante obstrue à son tour la pièce en la coupant en deux…
… Alors seulement on réalise que le vide fascinant est celui de l’arbre, totalement évidé, et dont il ne resterait que l’écorce.
Celle-ci, de bronze bruni, donne à l’arbre une apparence tout à fait réelle, bien que son relief ne permette  pas d’ en  identifier l’essence…
… de près cette écorce n’en est pas une. C’est très  exactement la trace que les mains humaines donnent à la  gangue d’argile lorsqu’on entoure un volume pour en faire un moulage.
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Ce n’est donc pas un  arbre que l’on a sous les yeux… … mais la matérialisation de son absence .
Seule la feuille d’or, chargée en creux de l’ écorce ancienne, en porte le précieux témoignage. Rendre sensible une absence pour faire naître une pensée…

Date d’origine de cet article : 30 octobre 2012

 

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7 – « Ecorces »

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Lire une photographie qui a pour ambition de témoigner est devenu aujourd’hui une affaire délicate ; trucages, logiciels de traitement d’image, esthétisme forcené, recherche du sensationnel ont pris l’importance que l’on sait.

Aussi est-on enthousiasmé  en refermant « Ecorces »,  le  petit livre de Georges Didi-Huberman.  Enthousiasmé,  heureux .. et bouleversé, parce qu’il y est question d’une visite et de prise de photos au camp d ‘ Auschwitz-Birkenau et   parce qu’il est possible de fouiller de telles images  avec précision et rigueur, mais aussi pudeur et poésie . Ce texte est magnifique.

Vient de paraître. Aux Editions de Minuit

Date d’origine de cet article : 19 janvier 2012

 

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6 . Venise Biennale 2011

Coup de Coeur pour le travail de Marat Raiymkulov .

Âgé de 27 ans, originaire du Kirghizistan, M R expose au Palais Malipiero, ( près du Palais Grassi ), avec d’autres artistes d’Asie Centrale.
Très loin des créations monumentales tapageuses, des photographies racoleuses et des reportages journalistico-politiques sans distance qui font le gros des Biennales, Marat Raiymkulov occupe une petite pièce du palais.
Chez lui, tout est petit, intime, modeste…

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Dans une douce pénombre, une table et 3 chaises. Sur la table 3 fichiers destinés à être feuilletés. Sur chaque fiche blanche un dessin noir, très simple, réduit à un tracé tremblé ou net mais toujours au service  d’une saynète savoureuse: humain ou animal sont mis en relation avec un environnement plus ou moins hostile, tantôt issus du monde réel, tantôt glissant vers un fantastique léger et souriant.

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Sur un des murs quatre écrans: sous forme de diaporamas au format carte postale reviennent les dessins contenus dans les fichiers. La succession programmée des images crée une montée dramatique angoissante où chacun pourrait  retrouver des instants de sa propre vie.


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Sur un autre mur, un écran plus important projette de très courts films d’animation : un trait entre dans le cadre, et faussement maladroit et hésitant, tel un ver de terre facétieux, s’allonge, s’enroule et se contorsionne , se sectionne en tronçons qui se mettent à vivre à leur tour, afin de créer sous nos yeux des mini-événements où l’être humain est ici pris au piège de ses paroles, ou de celles des autres,  et se noie lentement dans la marée montante de lettres et de mots qui finissent par saturer l’écran .

Date d’origine de cet article :26 octobre 2011

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5 – Nacéra Desigaud expose à Carbonne

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On pense d’abord à Pierrette Bloch, à Marinette Cueco, à Marisa Merz…  pour les matériaux utilisés ( fils naturels, herbes, graminées, branches… ) et pour les techniques d’organisation ( tressages, tissages, ligatures… ). Le rapprochement s’arrête là.

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Pénétrer dans la magnifique salle pensée par Nacéra Desigaud c’est entrer dans un espace de méditation grave, retenu, qui renvoie bien moins au monde de la Nature qu’à notre présence d’humain au sein de cet ensemble. Et à notre place.
Tout y est immédiatement lisible et mystérieux à la fois. Il y a des nids, des cocons, des mues, des pièges, des chemins, des traces, … mais issus d’un monde mental. Les couleurs familières et attendues sont absentes remplacées par celles des pulsions les plus intimes et des réflexions essentielles : noir, blanc, rouge. Les ombres y côtoient les lueurs et l’extrême fragilité la violence brute du vivant .

« Chemins croisés, chemin continu » de Nacéra Desigaud
du 26 Juin au 2 Octobre 2011
Musée Abbal. 31390. Carbonne

Date d’origine de cet article : 1 juillet 2011

4 – Mimmo Paladino expose à Milan…

… pour ceux qui passeraient par là…

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Place du Duomo : « La montagne de sel »

1950. Enfant, on prend la mer avec Ulysse , on assiège Troie dans le cheval de bois, on vibre avec maman près du Teppaz quand Hélène s’abandonne à Pâris , ou quand Ménélas « part pour la Crête ». Enfant, on s’endort sous une Madone entourée d’or, on fleurit les tombes avec  grand-mère,  on s’envole dans les vapeurs d’encens jusqu’aux Saints de verre transpercés de rayons obliques, on peint des Princesses, on modèle des Anges, on cloue des Monstres de bois avec l’aide de grand-père. On part en chasse comme papa … un arc en noisetier à l’épaule. On est explorateur au jardin, archéologue dans la cave , astronome au grenier…

2011. Mimmo Paladino expose à Milan , et réveille tous ces mondes enfouis.

Octogone de la Galerie Victor Emmanuel II :   « Le chasseur  d’étoiles » ( à gauche)
1°étage du Palazzo Reale : « Les dormeurs ». (à droite)
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Exposition du 7 Avril au 10 Juillet 2011

Un bon lien vers l’artiste, court, sobrement informatif, accompagné de quelques illustrations pouvant être doublement agrandies :
http://www.galeriealicepauli.ch/paladino/frame.htm

Date d’origine de cet article : 1 mai 2011

 

3 – « Le Quattro Volte »

Je voudrais parler d’un violent coup de coeur pour un film vu récemment, un film magnifique, qui ne ressemble à rien de connu, qui pour certains sera sans doute d’un ennui abyssal, pour d’autres dont moi, un moment magique…
 » I’d like to speak of the passionate interest I felt for a film I’ve seen recently , a magnificent film , unlike anything else , abysmally tedious for some probably , for others like me , a moment of pure magic … »

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D’abord le décor : un espace naturel vaste, indéfini,  escarpé et sauvage mais sans excès ni beauté particulière, des rochers, des arbres, des troupeaux de chèvres, un village, des habitants qui préparent une fête, de la fumée,  le vent …

Un héros, ou quatre, mais c’est le même : un humain- berger, un animal-chevreau, un végétal-sapin, un minéral- le sapin devenu charbon.

Des bruits, les pas de l’homme dans l’herbe sèche , les pierres qui roulent à son passage, ses accès de toux, les cloches des chèvres et les cris du chevreau égaré, les coups de hache et l’écroulement du sapin abattu. Il y a surtout, lancinant, montant de la clairière des charbonniers, le choc sourd et régulier du plat des pelles sur les meules,  puis le tintement pur et cristallin du bois devenu carbone.
Les fils sont fragiles, tendus à se rompre, et vont bien sûr se rompre, le berger trop vieux, usé, malade, le chevreau trop jeune, trop peu armé pour survivre, l’arbre, trop beau, trop droit, magnifique, choisi pour cela, le minéral friable au moindre choc.

Et dans cette extrême lenteur d’un monde où tout se répète à l’infini, un chien affairé, sorte de passeur, tentera frénétiquement et en vain de nouer un temps les fils , d’alerter, d’arrêter le cours de la vie, justement parce qu’il y a une mort en jeu.  Et échouera …  le chien, l’auxiliaire de l’homme, celui qui sait rassembler et remettre en ordre la marche des bêtes, mais n’a pas de pouvoir sur celle des hommes. Encore moins sur celle de la vie et du monde.

Chaque élément traité sur le même plan que les autres semble se dissoudre dans l’autre; pourtant chacun est séparé, seul dans son espèce d’appartenance, incapable de relation avec les autres catégories.   Seuls les sacs de charbon livrés devant les portes nous ramènent au point de départ. Les cycles vont s’enchaîner de nouveau comme s’enchaînent les saisons, les jours avec  les nuits. Pas de paroles, pas d’intrigue, juste le vent et ces coups des charbonniers comme un métronome , scansion du temps qui passe .

« Le quattro volte » de Michelangelo Frammartino
2009. 1 h 28

Date d’origine de cet article :15 mars 2011

2 -Istanbul. Biennale d’Art Contemporain 2009

 

Je me bornerai à présenter ci-dessous 3 « coups de coeur », à raison d’un par lieu d’exposition.

A L’Entrepot n°3, une très belle création de  Rena Effendi (plasticienne vivant à Bakou).  D’abord une carte géographique montrant le tracé du pipeline Baku-Tbilissi- Ceyhan, suivie d’une double rangée de 28 photos magnifiques  témoignant des divers dégâts et dommages de cette réalisation sur les populations locales. Pas de textes, juste des cartels sobrement informatifs, des sujets évitant le sensationnel, à la fois poignants et poétiques et le choix du noir et blanc pour amener la distance nécessaire.

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I will only present here three works I took a fancy to , one to each place of exhibition.

In Warehouse n°3 , a very beautiful creation by  Rena Effendi ( an artist living in Bakou ) . First a map showing the lay-out of the Bakou-Tbilissi-Ceyhan pipe-line , then a double row of 28 magnificent photographs giving evidence of the damages and havoc this equipment will have on local people . No texts , just soberly informative nitices , undramatic subjects both poignant and poetical ; the choice of black and white inducing the necessary distance .

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A l’Entrepôt des Tabacs (Tutun Deposu),  l’iranienne  Jinoos Taghizadeh occupe une salle avec des séries de montages-collages (intitulés « Rocks-papers- scissors » ) et une vidéo. Les montages sont des mixages et superpositions d’images, de pages de journaux, de dessins…  où histoire de son pays ( Révolution de 79 ) et histoire de l’art s’interpénètrent et se brouillent grâce au procédé holographique. Des photographies d’individus réels, morts ou en souffrance, se superposent à d’autres peints par David, Caravage, Bosch… etc.. , disparaissent, reviennent selon l’emplacement du spectateur, partie prenante de ce subtil jeu interactif. La vidéo est efficace dans sa subversive simplicité : un berceau blanc sur fond de lumière verte et rouge ( rappel du drapeau iranien) et une chanson aux paroles lénifiantes.

In the Tobacco wharehouse (Tutum Deposu ) Iranian Jinoos Taghizadeh  fills a room with montages-collages ( named  » Rocks-Papers-Scissors ) and a video . The montages are mixings and superpositions of pictures , newspaper pages , drawings … in which her country’s history ( the 79 revolution ) and Art History intertwine and mix up thanks to a holographic process . Photographs of real people , either dead or in pain, are superposed on others, painted by David, Carravaggio, Bosch …etc…, disappear, come back, depending on the position of the onlooker, thus playing his part in this subtle interactive game. This video is effective in its subversive simplicity : a white cradle against a background of green ang red light ( recalling the Iranian flag ) and a song with soothing words .

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A l’Ecole Grecque de Ferikoy, Vlatka Horvat présente des sortes d’origamis troublants où chaque fois un corps humain se détache sur fond basique sol /mur dans des poses banales et journalières mais les corps , partiellement coupés par détourage,  sont repliés eux-mêmes ou recouverts, ce qui les rend fragiles, bancals, voire infirmes, l’artiste jouant des vides et des effacements dans le dispositif, de même que des formats « photos de famille » et de l’effet bricolage avec élastiques et morceaux de cartons d’emballage. Bizarrement on pense à Giacometti et à ses silhouettes rongées, désintégrées par l’espace qui les entoure.

In the Ferikoy Greek school , Vlatka Horvat presents kinds of disturbing origamis in which, each time, a human body stands against a basic background – either ground or wall – in banal every day postures, but the bodies, partially cut by detourage, coil up or are covered up and this makes them look fragile, wobbly , even disabled, the artist toying with the gaps and obliterations in the contrivance, as well as with the  » family picture  » format and  » odd job » effect with rubber bands and packing cardboard . Oddly one thinks of Giacometti and his pitted , disintegrated silhouettes in the surrounding space .

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Date d’origine de cet article : 18 septembre 2OO9

 

  

1 – www.danielle-chevalier-blog.fr/ : réouverture

Mon BLOG vient d’être remanié .

Vous y trouverez désormais tout ce qui nourrit mon travail, mes coups de coeur, mes rencontres, des compte-rendus d’exposition, des présentations d’artistes .
Les articles passés répondant à ce critère ont été maintenus.

Tout ce qui concerne ma création personnelle se trouve  désormais dans mon  SITE  www.danielle-chevalier.fr