Catégorie : INSTALLATIONS

46 – Reza Lavasani. IRAN. Biennale 2019.

Trois artistes pour trois oeuvres , chacune dans son espace propre. Les 3 sont intéressantes mais à des degrés divers. J’ai retenu celle de Reza Lavasani intitulée « La vie »

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Derrière un rideau de fête et de deuil en même temps , une immense table dressée pour un repas.

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Passé l’obstacle on est plongé d’emblée dans un monde figé et gris qui nous conduit par petites touches (objets ) dans un passé que l’on décode peu à peu: celui des époques successives du pays.

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Travail colossal, totalement en papier mâché, c’est d’abord un exploit artistique par le raffinement des détails , la nappe retournée avec ses plis et son ourlet, les pétales des fleurs dans le vase, l’immense lustre qui pend du plafond, mais c’est aussi une traversée des époques et de la diversité du pays avec des rappels de sculptures connues comme les petits chevaux…

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C’est aussi un travail qui inclut de façon évidente la notion de temps passé à le réaliser. Et dans ce cas, ce temps énorme a un  impact fort sur l’oeuvre car il rend palpable la lenteur de l’évolution des mentalités, de l’ouverture à la modernité, du poids des traditions. Quand on choisit le papier comme matériau, quand on connait la richesse  de la littérature iranienne et son rayonnement culturel, se libérer de son poids par cet acte iconoclaste, pour un jeune artiste, est une idée tout à fait intéressante.


 

44 – Jannis Kounellis. Biennale 2019.

La fondation Prada présente dans ses beaux et vastes espaces le travail de Jannis Kounellis installé par Germano Celant, défenseur avisé de l’Arte Povera. La beauté du lieu et la qualité du commissariat en font un moment exceptionnel.

Kounellis avait coutume de dire qu’il était avant tout peintre (et non sculpteur ou installateur ). Profession de foi qu’il synthétise plastiquement dans l’émouvante petite création ci-dessous. Des pierres, du feu, une trace de suie…. et tout au bout… « la Peinture » ….  Toute l’histoire de la création artistique est là.

« Être peintre », c’est généralement poser diverses matières sur un support plan.

Les très importantes surfaces horizontales et verticales de la fondation offrent des plans parfaits pour ressentir immédiatement la démarche de l’artiste.
Il fait jouer couleurs et matériaux avec la même rigueur qu’un Abstrait Géométrique, mais lui serait plutôt dans le concret à forte valeur symbolique, confrontant Nature et Culture, ses « couleurs, empâtements, réserves… » étant choisis dans le monde du travail et de l’industrie : plaques métalliques, poutrelles, pierres , bois, charbon, laine cardée, feu et suie … etc

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4 tableaux sur plan vertical : « Fer/fleurs »- « Fer/laine » – « Fer/bois » – « Fer/pierres »;  oeuvres de 1987Un sur plan horizontal : « Fer/charbon »

L’oeuvre ci-dessous présente dans un immense rectangle au sol , un étalage digne des Puces : pardessus, chaussures , chapeaux… Ces vêtements visiblement des années 40 , ont plus ou moins servi vu l’état de conservation variable de chacun. Aussi, nous renvoient-ils à ceux qui les ont portés … et bien sûr au fait qu’ils ne sont plus.

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De plus près, les styles varient, bonne ou moins bonne qualité, étiquettes lisibles, doublures soyeuses , déchirures, état d’usure, chaussures éculées … et nous saisissons mieux l’intention :  le tout est organisé de façon à isoler mentalement chaque groupe de trois éléments, pour accéder peut-être ainsi à une interprétation: la personnalité du propriétaire, et, au delà, sa fonction dans cette période qui sur le plan de l’histoire n’est pas anodine…


 

39 – N.Hattom + S.Sleman .Venise 17.

« Archaic ». Pavillon de l’Irak.

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A l’entrée une très longue vitrine présente de tous petits objets de l’époque néolithique (en terre, pierre sculptée, métal ou verre; des objets usuels , des jouets, des ocarinas, des sceaux-cylindres, des déesses de la fécondité . Ils témoignent des préoccupations humaines d’alors,  dans cette région : l’eau, la terre, la chasse, l’écriture, la musique, les dieux, la frontière, les conflits et l’exode. Neuf thèmes pour neuf artistes.
J’en retiendrai 2, les deux femmes du groupe ( ce qui me semble important vu le pays considéré)  et parce que leur travail est tourné vers un futur positif.

Nadine HATTOM ( née en 1980 à Bagdad. Vit et travaille à Berlin)

Appartenant à la communauté mandéenne, groupe ethnique religieux du sud de la Mésopotamie, elle cherche une identité, des racines, des souvenirs, dans les incessants déplacements d’un groupe condamné à un perpétuel exil. Elle s’exprime par montages photographiques , de courts textes et parfois des ajouts d’objets.
Elle ne parle en fait que de construction possible de la  personne, même dans et par l’errance.

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Le texte de la photo dit  : « 1957,Halfayed, Iraq. Voici notre grand-mère portant notre oncle Saad (âgé de 1 an) près de notre oncle Nazar ( âgé de 7 ans) dans notre hutte de terre. Saad était si beau et si blond que nous l’avions bâptisé « Kennedy ». C’est notre grand-père qui a pris cette  vue avec son appareil photo » .
Bien sûr, il n’y a personne sur la photo en noir et blanc.

 

Sakar SLEMAN , née en 1979 , est kurde . Elle vit en Irak à Sulaymaniya

Inspirée par le Land Art,  ses interventions prennent la forme de grands signes spiralés, posés sur le sol. Utilisant des briques blanches et pures,  portant parfois  les noms de femmes Kurdes et Yazidis violées ou torturées, elle installe à flanc de colline des cercles, des croissants de lune, des serpents se mordant la queue, symboles du cycle menstruel et de la fécondité de la Terre.
Elle ne parle que de l’évidente Renaissance.


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Un extrait du texte d’introduction  du catalogue :

« Archaic c’est l’état de l’Irak d’aujourd’hui, dans ses institutions vieillotes, son isolationnisme bureaucratique, et ses institutions culturelles dilapidées.
Archaic c’est le pays si enchâssé dans ses artefacts archéologiques qu’il n’est même plus capable de protéger ou d’endiguer les attaques de ses cent mille sites.
Archaic c’est la vision occidentale de l' »autre », celle d’un pays dévasté par la guerre,  qu’il est plus facile de voir ainsi  qu’autrement :
Archaic c’est l’approche des arts visuels avec d’un côté l’accablant héritage du passé , de l’autre l’extrême pauvreté du présent…  »

« La route vers l’Archaïque » (extrait par T Chalabi- Liban et P Colombo- Turquie, organisateurs)

25- Biennale de Venise 2015. Général

« La Biennale de Venise 2015 qui a débuté le  9 mai fermera ses portes le 22 novembre. Elle est  , me semble-t-il,  la plus importante de toutes en lieux d’expositions et artistes présentés.  Une semaine ne peut y suffire. Elle est aussi celle qui m’a procuré le plus d’émotions et de satisfactions.

De façon générale, si,  pour cette 56° Biennale,  dominent comme toujours  les sujets liés aux désordres mondiaux et aux atrocités infligées par certains groupes humains à d’autres, on  trouve un recul et une distance qui  écartent de la chronique journalistique au profit de réelles créations plastiques, souvent très complexes . Je pense aux très intéressants pavillons de la Belgique aux Giardini et de l’Afrique du Sud au 1° étage de l’Artillerie de l’Arsenal.

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 Vincent Meessen pour la direction générale du pavillon Belge : « Personne et les autres »

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Mohan Modisakeng : « Inzilo ». Vidéo muette. 4′

Trois techniques que l’on ne voyait plus guère sont de nouveau très présentes : la peinture (1) ,  le dessin – et même le très beau dessin -(2)  , et différentes formes de cabinets de curiosités ou de présentation de collections (3) . Ci-dessous les exemples les plus frappants.

1- Peter Doig au palazzetto Tito, Georg Baselitz à l’Arsenal,
Adrian Ghenie : « Darwin’s room » au pavillon roumain

2 – Olga Chernysheva- Espace 4 de la Corderie de l’Arsenal

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3 – Fiona Hall  au pavillon australien et Ricardo Brey à l’espace 6 de la Corderie de l’Arsenal.

Egalement beaucoup d’oeuvres où la recherche décomplexée de la beauté est évidente , indépendamment des  problèmes abordés , et dans certains cas une beauté très spectaculaire :

 au pavillon Japonais  l’installation de Chiharu Shiota  

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Dans les pages suivantes … 5 coups de coeur majeurs, mais beaucoup d’autres mériteraient à mes  yeux d’être cités.
Blog 27 :  Herman de Vries : Pavillon Hollandais. Giardini
Blog 28 : Magdalena Abakanowicz . Ile de San Giogio Maggiore
Blog 29 : Rosana Palazyan : Pavillon de l’Arménie. Ile de San Lazzaro degli Eremitani
Blog 30 : Cy Twombly : Ca Pesaro
Blog 31: Nancy Spero : Punta de la Dogana

13. Asie Centrale. Venise 2013.

  « Winter » au Palais Malipiero.

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Kazakhstan . Kamilla Kurmanbekova et Erlan Tuyakov. « Zhol »

Une longue architecture de roseaux et de soie, réinterprêtation de la yourte,  oblige le visiteur à éprouver le chemin circulaire de la vie nomade  s’il veut accéder au reste de l’exposition.

 

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Kirghisistan. Aza Shade. « The Disappearing City »

La vidéo muette met en scène un conflit de génération:  l’émancipation des jeunes est freinée par le poids d’une tradition à maintenir pour des raisons économiques, le touriste recherchant avant tout le folklore local.

 

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Ouzbékistan : Saodat Ismailova : « 40 days of silence » (Vidéo)

Dans la tradition ouzbèque, les femmes , à un moment douloureux de leur vie, faisaient un vœu de silence qui durait 40 jours et que les autres femmes de la maison respectaient et protégaient.

 

Renvoi vers mon site : www.danielle-chevalier.fr