Catégorie : Plusieurs MEDIAS

45 – Serwan Baran. IRAK. Biennale 2019.

  Pavilon de l’Irak. Serwan  Baran

Lors des biennales précédentes l’Irak avait droit à un étage spacieux de palais. Cette année c’est un tout petit espace aveugle en rez de chaussée et au fond d’un couloir. Allégorie de la descente aux enfers du pays ?

Et malgré ou grâce à cela c’est sûrement un des pavillons les plus intéressants car la force plastique des deux créations apparait immédiatement, tant elle est à l’étroit . Une fois franchi le petit couloir tortueux peint en vert militaire, on tombe sur une sculpture au sol: grandeur nature, un soldat en état de décomposition avancée git dans une barque. Terre crue séchée, modelée à grandes touches. L’ensemble est saisissant, puissant, la sobriété jouant à plein.
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Derrière dans un espace de taille analogue, un mur peint.Verts, jaunes, noirs gris dans toutes les valeurs colorées du camouflage militaire, on distingue un enchevêtrement de formes que l’on ne lit pas immédiatement comme des corps disloqués et recroquevillés sur eux-mêmes: des militaires morts  surpris alors qu’ils étaient sans doute en train de manger; des assiettes en carton remplies d’éléments indéfinissables et des morceaux de tissus militaires réels sont collés et s’intègrent à l’ensemble pictural en lui donnant paradoxalement vie.

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Serwan Baran, irako-kurde né à Bagdad en 1968 a suivi une formation artistique. Enrôlé lors des conflits de 1980 et 1990 en tant que soldat mais aussi artiste de guerre, il avait pour mission d’ illustrer et rendre compte des victoires de l’armée irakienne pour la propagande du gouvernement.

Il a baptisé cette double création « Fatherland » tant il est vrai, explique-t-il,  que la « mère » n’a servi qu’à donner le jour à de futurs soldats, le pays n’ayant guère vécu autre chose que des régimes militaires, la guerre et la mort.

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42 – Dominique GAUDU au 401

La galerie « le  401  » a choisi pour son inauguration, en mai 2017, d’exposer  l’artiste Dominique Gaudu.
« Ici, si loin » titre de l’exposition , proposait :
– dans la Galerie : 8 compositions au format 90/126 cm et une suite ( « Jardins ») de 5 formats carrés de 76/76 cm
– dans l’Atelier : 6 sculptures et 5 dessins à la mine de plomb.

 

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Les titres des oeuvres nous renseignent déjà sur la personnalité et les intentions de l’artiste et nous aident à entrer dans son univers : « Mi soie, mi parfum » – « Tisseur de nid, jongleur de paille » – « Sous l’herbe se perd la fourmi » – « Fond d’ombre » – « Nous n’irons plus au bal » (photo ci-dessus)« J’ai jeté du sel sur la neige » – « Minutieusement l’hiver… » – « Le vent l’emportera » – « Longtemps ce fut l’été » – « Où l’orpailleur s’arrête »

 « Regarder les tableaux de Dominique Gaudu,  c’est gagner un espace clair balayé par des sillages de lumière poudrée. Voir alors allège et ouvre sur un cosmos lointain et radieux que hantent encore les traces d’une nature aléatoire : fragments de bois, mémoire de lichen, rougeoiement d’un matin dans l’hiver, peut-être. Dans cet éther lumineux la matière pulvérisée s’harmonise en trajectoires discrètes qui soutiennent la solitude produite par cette soudaine ascension de notre point de vue sur les choses. Régénérés par cette avancée jusqu’aux bords fragiles du monde, nous sommes pleins de gratitude pour ces oeuvres qui l’ont permise ».   Agnès Girardeau


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Attiré par l’exubérance et la générosité des formes et des  couleurs, l’oeil est retenu par la vibration des pigments.  Les oeuvres sont belles…  mais cette beauté-là est tout sauf  superficielle . Elle est riche d’une connaissance pointue du fait artistique. Ces créations  qui semblent pourtant si  spontanées et émotionnelles sont portées par une technique parfaitement maîtrisée ;  Elles sont dans le même temps fantaisie et rigueur, légèreté et profondeur.

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Les sculptures sont inspirées par « Les villes invisibles » d’Italo Calvino.

Dominique Gaudu a plusieurs fois collaboré avec  Pierre Nouilhan , créateur des Editions « Sables » . Des petits livres rares, illustrés par l’artiste, ont été  exposés au 401 et l’éditeur Pierre Nouilhan a présenté son travail, ses choix et sa collaboration avec les artistes illustrateurs

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 Dominique Gaudu, née en 1938, est titulaire du Diplôme de Peinture ( Beaux Arts)  et Professeur Agrégé d’Arts Plastiques.
« Ces formations antinomiques, très diversifiées, m’ont permis d’aborder des recherches éclectiques en phases avec des situations, des lieux, des pays divers … Le dessin- primordial pour moi -, peintures, sculptures, costumes de théâtre, bijoux ….. J’aime travailler au gré  d’un chemin artistique  buissonnier, sans but de reconnaissance artistique; mais non sans plaisir. DG.

Les flûtistes Jean Marc Andrieu , directeur du Conservatoire de Montauban et de l’orchestre baroque « les Passions » et sa femme Fabienne Azema-Andrieu nous ont fait l’honneur  d’accompagner le vernissage en interprétant des pièces de Telemann.

 

 

 

36 – Shirin Neshat – Venise 17.

Shirin Neshat. Musée Correr 

Internationalement reconnue, habituée de Venise qui l’a primée et distinguée plusieurs fois, Shhirin Neshat  présente cette année au Musée Correr deux oeuvres liées.

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– « The Home of my Eyes » est une série d’environ 30 très grandes photographies réparties sur 3 murs d’une des salles du Musée : portraits d’Azerbaïdjanais de tous âges qui pourraient composer la population d’un village. Tous sont en plan rapproché, mains jointes en signe de prière comme l’étaient les adorants de Mari dans la Mésopotamie des origines mais comme peut l’être aussi le geste de bienvenue et d’accueil  dans l’Orient d’aujourd’hui.

En s’approchant de ces très grandes images, on constate que tout ce qui est dénudé dans chaque individu, visage, bras, mains… est recouvert de très fines lignes d’écritures en langue farsi.

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– Faisant suite à cette présentation, dans la pièce suivante, une vidéo (« Roja » )   raconte de façon plus personnelle la nostalgie du pays perdu et surtout le désir d’un être cher . Symboliquement deux femmes : une jeune, une autre qui pourrait être la mère. Entre elles une immense mare au pourtour boueux dans une cuvette entre deux collines. Chacune descend et s’avance avec difficulté vers l’autre. Quand elles semblent sur le point de se rejoindre, la photo se déforme, un gros plan sur la plus âgée  la dévoile déformée et effrayante, et lorsqu’elle atteint « sa fille » elle la repousse violemment loin d’elle… et repart d’où elle est venue.

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Shirin Neshat est née en Iran en 1957 dans une famille aisée occidentalisée, elle a pu faire des études d’art à Los Angeles, San Francisco, puis New York où elle s’installe.
Cinéaste , vidéaste, et photographe, ses sujets privilégient le fossé entre  ses deux cultures et le statut de la femme dans l’islam contemporain.
Son travail se caractérise par l’utilisation à peu près exclusive du noir et blanc, toujours très contrastés et par des installations où sont confrontées vidéos et photos, ou films mis en opposition sur deux écrans juxtaposés.